LA CERVELLE DU CHACAL
Légende de Coléa. '
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit.
Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit.
Un soir, — j'étais à la mamelle, — Mon père abattit de trois plombs, A rheure où sous l'œil tout se mêle.
Un chacal , ce loup aux poils blonds.
11 prit sa tête, et me dit : — « Suce ') La cervelle de ce fripon !
» Tu seras son pareil d'astuce, •♦ Et tu comprendras son jargon. »
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit.
Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit.
Je connais bien ce qui se pas^e Dans la cervelle d'un chacal !
Flairer Tamour, la tête basse, Et du vol se iaire un régal; — Suivre la proie ave^ mystère, — - Du danger s'enfuir lâch^oaent; Combien il est d'hommes, sur terre, Qui ne pensent pas autrement!
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit, Comprendre le langage Du chacal qui nous ftiit.
Voici qu« dans la nuit profonde S'élèvent des cris discordants!
Il n'est de chien qui n'y réponde Dans Coléa, grinçant des dents.
Ce sont des chacals à la file; Leur bruit Mi le tour des remparts.
Il sort du ravin de la ville.
Et puis surgit de toutes parts.
C'est nm grand «rantage Que de pouvoir, la nuit, Comprendre le boigage Du chacal cpii nous fuit.
Ce c-ri ressemblant à la plainte ïïwn enfant qui pleure au berceau.
Dit que Tangélique et Tabsinthe Soupirent au bord du ruisseau; Ou au milieu du feuillage sombre, La lune — aux yeux creux — se levant, Fait fuir en escadron sans nombre Les chacals plus prompts que le vent.
C*est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit, Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit.
Ce» cris sourds, imitant les râles D'un homme qu'égorge un couteau, M annoncent des fantômes pâles Se glissent le long du coteau.
Ces gémissements plus rapides D'nn Roumi chantent le trépas.
Non loin, sur les gazons humides...
Mais ça ne me regarde pas.
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la cuit, Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit*
Pareils aux aboiements du dogue, Ces cris ne partent pas de loin ; Nos chiens en font un dialogue Où le sanglier met son grouin.
Que disent-ils? Ils veulent dire :
Qu'un brigand, rival du chacal, Au clos voisin veut s'introduire....
Tant pis!... cela m'est bien égal.
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit, Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit.
Ce n'est pas un chat qui miaule....
C'est un chacal, — le fin renard ! — Qui découvre, sous quelque saule, Pour ses jambes un traquenard.
Auprès, il surprend une femme Qui jabotte avec son amant.
Si c'était la mienne?.... Ah! l'infâme!
Elle n'est plus au lit, vraiment !
C'est un grand avantage Que de pouvoir, la nuit, Comprendre le langage Du chacal qui nous fuit.
— .^.^•Cif,te«>e^^
tlussein n'a rien qui le retienne.
IL saisit son arme, et descend Au ravin; mais, est-ce une hyène Qui le déchire et boit son sang !
[1 hurle, appelle, en vain s'agite...
Et, sans courir aux cris d'Hussein, Plus d*un indol^t Coleïte Sommeillant, dit à son coussin :
» C'est un grand avantage « Que de pouvoir, la nuit, » Comprendre le langage « Du diacal qui nous fuit. ^>