‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 41 sur 67 · AU SOUVENIR · texte numérisé non relu

AU SOUVENIR

De mon vémîrable ami M. le Comte d'ESPARBÉS DE Ll SSAN, Lieutenant-Colonel cTÉtat-Major.

Moderne Anacréon, philosophe au cœur tendre Qui, m'inspirant ce chant, te plaisais à Fentendre, Que ne puis-je approcher de ta pierre au saint lieu ! Tu charmais mon oreille... et je voudrais la mettre Contre le marbre froid de ta tombe, 6 mon maître... Je l'entendrais vibrer de ton bel hymne à Dieu ! * Quand j'ai conduit, en pleurs, ta dépouille chérie Jusqu'aux flots remportant ton corps dans la patrie, Jai dit : mystique étude, amitié, joie... adieu!

LÉGENDE DE SID ALI ZOUAOUI dont le tombeau est en dehors de la porte Bab-Azoun.

C'était la fête où, dans la ville, Tout Musulman lue un mouton** Qu'on met par quartiers, comme un thon/ Dans de grands vases remplis d'huile.

Un pauvre, ouvrant la main, Vient et demande un asile, Un asile jusqu'à demain.

Dès l'aube il quitte la retraite Qu'il obtint d'un vieux raïs qui dort. Mais il manque un bracelet d'or ,— Cadeau du Turc à sa fillette !...

Le Bédouin l'aura pris!...

On court, et vite on l'arrête, On l'arrête avec de grands cris.

Au Cadi l'entraîne son hôte :

— » A ce voleur coupez le poing!

>> — Non! dit le Juge, il ne faut point; » La potence est bien assez haute. »

Le pauvre homme assourdi Criait : — « Ce n'est pas ma fautp^ » Ce n'est pas ma faute, Cadi ! »

Escorté de mille canailles, Ne sachant ce qu'on lui voulait, Le pauvre homme au supplice allait; De tous il glaça les entrailles :

— « Raïs, dit-il, si mon front » Fut flétri dans ces murailles, » Ces murailles m'invoqueront ! »

Hors des remparts, avec la horde

Il arrive au fatal poteau.

Là, sur l'échelle et sans manteau :

— » Seigneur! à l'innocence accorde

>» Ton suprême secours...! » Il dit, et soudain la corde, La corde étrangla son discours.

Quand les portiers, avant leur somme.

Ferment la ville et vont criant :

— « Est-il dehors quelque Croyant? » — Us virent danser un fantôme!...

Le pendu regimbait, Disant : — « Il n'est qu'un brave homme, » Un brave homme mis au gibet ! »

L'aga dormait comme une bûche.

On l'éveille; il court sur le mur :

— « Le pendu parle-t-il, pour sûr?.,.

Cria-t-il, craignant quelqu'embûche.

— « Oui ! c'est moi le pendu !

» Du Raïs cherchez dans la cruche; ') Dans la cruche est l'objet perdu. »

Au pot d'huile on cherche avec zèle.

Le bijou s'offre au fond... — « C'est ça!

» Du bras de l'enfant il glissa...! »

L'innocence à tous se révèle.

Dans un blanc marabout On enterra la ficelle, La ficelle et le Saint au bput.

Au SOUVENIR BE M. HAIUMARD, Interprète.

Pauvre Hadamard ! La mort éteignit ta prunelle Bien avant qu'Abraham dans la vie étemelle, N'appelât dans son sein ton esprit si joyeux. Tu n'as point lu ce chant dont je te dois le thème. Que n'as-tu reçu donc, au moins le. doux baptême D'Ali Zouaouï, — bain qui guérit les yeux!....

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