‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 42 sur 67 · LE VŒU DE LA MAURESQUE · texte numérisé non relu

LE VŒU DE LA MAURESQUE

Ressouvièns-toi de tenir ta promesse !

Si d'un peu d'or ta gêne obtint le prêt,

Si d'un serment le nœud formé te blesse,

Du tribunal crains l'équitable arrêt !

Mais si, pressé d'une grande infortune,

Ton cœur croyant par ses cris importune

Le ciel — qui n'est à l'œil qu'un dôme bleu, —

Crains plus encor, si tu fis quelque vœu...!

Ressouviéhs-toi de tenir ta promesse î .

A Bab-Azoun , tout auprès de la mer.

Logeait le Saint le plus grand qu'on connaisse. Sultan Salhenn ! du nom d'Abd el-Kader ! * Vint une vieille, un soir, à sa chapelle :

— « Pour mon fils prie, et s'il survit, dit-elle, (« Je veux nourrir une lampe en ce lieu. »

Le Saint lui dit, en recevant son vœu :

— « Ressouviens- toi de tenir ta promesse ! >»

Rêvant déjà voir un miracle heureux, Dans son logis revient avec vitesse La tendre femme au chevet du fiévreuit.

Le mal a fui, plus d'ardeurs meurtrières!

Allait du Saint exauça les prières !

Au fils guéri la mère fait Taveu Que s'il est bien, il le doit à son vœu,

Hessouviens-toi de tenir ta promesse !

Dans sa demeure où rien ne remuait,

Elle isola, tout un mois, sa tendresse.

Près de son fils, convalescent muet.

II dort, » dit-elle, un jour qu'elle s'évade...

Sutlan Salhenn l'aborde : — - « Et ton malade?

M Femme ! du ciel ne te fais pas un jeu !

> Dieu t'a puni pour l'oubli de ton vœu !

» Hessouviens-toi de tenir la promesse ! >»

En regagnant sa porte, elle pâlit.

Son fils est froid! Il est mort!... détresse!

Son corps paraît frissonner sjir le lit...

De gros vers blancs d'une hideuse espèce

Par l'œil, le nez, entrent, sortent sans cesse...

Leur fourmillière émeut chaque cheveu...!

Son fils est mort du jour que de son vœu Elle oublia d'accomplir la promesse.

Ressouviens-toi de tenir ta promesse !

Page 1