‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 44 sur 67 · L AQUEDUC DES CHEVEUX BLANCS · texte numérisé non relu

L AQUEDUC DES CHEVEUX BLANCS

Ecafi€ignement8 pris au galop, par un capitaine, le long des arcades de Taqueduc des Béni Habiba (Kantara Ghaïb slou rasho)^ dans la vallée de l'Oued el-Hachem, près de Cherchell. — 1842.

— Vers hippiques. —

Au galop nous longeons Tare immense Prenant Toued el-Hachem qui commence, Et dans Tair remportant vers Cherchel.

D'un seul jet franchissant des abîmes, Son arceau joint deux monts par leurs cîmes.

Plus étroit qu'al-Sirat, pont du ciel. *

— « spahis dirigeant notre marche,

Quel nom porte entre vous la grande arche Unissant ces coteaux enchantés?...— Et VArabe appuyé sur sa selle :

— » Capitaine, en ces lieux on l'appelle I) L'aqueduc des cheveux argentés.

— »Doii lui vient ce noin-là? — Capitaine, '• Un coursier loin des fils de la plaine

^' Emportait un Hachem sur ses flancs ;

♦» Et rHachem déjouant l'embuscade , »» Traversa ce ravin sur Tarcade, >» Mais au bout ses cheveux étaient blancs.

A LÉONCE PARMENTIER Capitaine du Génie.

Léonce, — ami qui de mon âme

Gardes la plus tendre des parts, —

Pour toi j'avais tissu la trame

De ces légendes, — fils épars.

Chez les Hadjouts, — tristes peuplades, -

Nous mettions, au repas du soir,

Toute leur histoire en ballades;

Nous vivions d'art , — de noble espoir !

Est-il possible que renaisse

Pour nous, sur terre, un bonheur tel...?

douce amitié de jeunesse!...

Pour nous double étoile au Sahel...!

— IGO - CANTIQUE LÉGENDAIRE

i;X L'HONNEUR DE SID EFFROUDJ (appelé communément Sidi FerruchJ

Celii^ espèce île litanie est chantée avec accompagnement de Djouak, Raïta, Fenadjel^ Kamentcha, Kouïtsra, Rebeb, Kanounn, Gheuoad, Tebeïlats^ Tarr^ Bendaïr, Znoudj, Derbouka des Maures algériens; — de Geuspaî), dis Deff des Arabes; — de Gombri, Gougi, Tebonl et

Karakftb des Nègres.

Chantes-nous, Coléa, ShI Effroudj, cette âme sainte

Qui fonda ton enceinte, Et qu'Embarek suppléa... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba! *

Pour mieux prier Allah, Pour le servir plus tranquille,

Il acquit la presqu'île fjiii prit son nom pour cela... ah!... ha Starladereliderla Ya Baba !

Un brick de Malaga Mouilla dans Tanse, et bien vile

Sid Effroudj le visite :

On lui sert pipe et moka... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

Le saint philosoplia Avec Rouch , le capitaine.

Des flots la tiède haleine L'endormit sur un sofa... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

La rançon du Papa Tenta le marin cupide ;

Le vent soufflait rapide, La nuit vint, il dérapa... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

A l'aube il croit déjà

Voir Palma, grâce à la brise

Mais quelle est sa surprise De revoir la Métidja... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

Le Saint se réveilla, De ses yeux frotta la cire,

Et, regardant le sire, Tira ses bras et bailla... ahî... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

— <( De ta Picardia * » Je connais tout le mystère !

» Remets-moi vite à terre! »

Preste, on le congédia... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

Vers la nuit on hala Le canot dans Tombre humide.

Le vent souGQait rapide, Le navire s'en alla... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba I

Grâce au vent, Rouch jugea Voir TEspagne, à Taube grise...

Mais quelle est sa surprise De revoir la Métidja... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba !

- 163 -^ — » De retour vous voilà , Cria le Saint en chemise.

»' Dîtes avec franchise »' Que Tun de vous me vola... ah «... ha !

Starladereliderla Ya Baba !

Un bournous qu'on trouva, Laissé par Effroudj la veille.

Expliqua la merveille; Il le prit, dit : « J Dieu va! »... ah !... ha ! Starladereliderla Ya Baba !

Le soir Rouch dit : — « Holà !

» N'emportons rien du Numide. »

Le vent soufflait rapide, Le navire s'envola... ah!... hal Starladereliderla Ya Baba !

A l'aurore il gagea Voir Malaga, sans méprise...

Mais quelle est sa surprise De revoir la Métidja... ah!... ha!

Starladereliderla Ya Baba l

Googk

-— « De retour vous voilà!

Cria le saint sans savattee,

» Quelqu'un de tous, pirates!

» Sur voire bord 91e vola.... » ah!... ha!

Starladeroliderla YaBabai

Effroudj vint, se baissa, Et ravit, non sans tapage, Au chien de Féquipage Ses deux baboudj qu'il laissa... ah!... hâ!

Starladereliderla Ya Baba !

L'Espagnol s'écria :

— « Dieu veut qu'on me circoncise !

» Souille Autan, souffle Bise, « Je me fais Turc, in ch' Allabt:.. ah!... ha!* Starladereliderla Ya Baba!

D'Effroudj on vénéra Depuis, malgré d6s marouffles,

Le bournous, les pantouffles, La chemise et cœtera... ah!... ha!

Starladaroliderla Ya Bahal

HOMMAGE

A M. LLCE Professeur de musique au Lycée impérial.

Le Djouak, •— flûte au son léger, — La Kowtsra, doot Fenfont d'AIgiêr Arpège les cordes de coirre; Le lourd Teboul, — tambour du Noir, Les Karakab qu'il fût mouvoir, Ne sont pas ce qui nous enivre Quand ton merveilleux Danidmi En harmonie alors fait vivre Art de France et brait du Soudwi.

Tu nous montres, ds»ts ce délire, Gomment du génie on se sert.

Les accords savants de ta lyre Font d^un bacchanal un concert.

LA PRINCESSE MÉTIDJA.

Légende du village de Sainte- Amélie , commune de Douera.

Ici, les chiens! — Cessons la chasse. En vain, sur Thaouch Ben Omar, Des sangliers on suit la trace...

Je sens comme un lourd cauchemar.

Tout m'ennuie, et le front me pèse.

Regardons, cessant de marcher, Près de ce puits, assis à Taise, Ce petit village à clocher.

Où diable s'en va-t-on chercher Pour le nommer Sain te- Amélie , Lorsque Ton trouve, à chaque pas, Ces restes que jamais n'oublie Tel pour qui Rome eut des appas !

Que fais-tu là sur ces ruines, Arabe!... Eh quoi! voilà du sangJ...

— De quel regard tu m'examines...!

D'un meurtre je suis innocent.

Je suis consumé par la fièvre; Ma main faible immola déjà

Un coq, un mouton, une chèvre  la Jnounn de la Métidja.

Auprès de ce puits solitaire La fièvre m'a pris aux cheveux , * Et me prépare un lit sous terre...

Car la Jnounn est sourde à mes vœux.

Roumi ne pose pas ton arme Pour t'asseoir sur ces gazons frais; De la fontaine crains le charme!

Gardes-toi d'y boire à longs traits I Bien avant le^temps du Prophète, Ces décombres, — ces murs si laids, — Dans les airs supportaient le faîte.

Et les balcons d'or d'un palais.

On y buvait à pleins calices; Une Sultane de beauté, — Métidja — faisait ses délices D'y donner l'hospitalité.

Quand un hôte entrait dans les salles, Laissant au perron son chameau, Des nègres prenaient ses sandales.

Dans l'étuve il devenait beau.

L'étranger, après un doux somme, Revêtait des haïcks bien blancs, — Buvait de cette eau qu'on renomme, —

Mangeait des dattes et des glands.

Les danses, les jeux, la mujûqne, Remplissaient le palais de bruit, Et la clarté d*un. feu magique Le faisait voir de loin la nuit.

Le voyageur parfumé d'ambre, D'huile de rose et de jasmin, Sans lumière, au fond d'une chambre, Était amené par la main.

Dans des rideaux un divan sombre Gisait sous un d^me étoile.

Ses doigts, en s'égarant dans Tombre, Rencontraient un sein dévoilé...

Surpris, debout devant la couche.

Il sentait trembler ses genoux...

Une bouche aspirait sa bouche...

On Tenchalnait de nœuds bien doux...

Au sortir de Falcôve obscure, Â Taurore, le lendemain, L'étranger cherchait sa monture Pour continuer son chemin.

Mâchant ses lèvres au portique.

Son chameau, gardé d'un chaoux.

Sous mille fruits, — trésor rustique, - Cachait ses bosses aux poils roux.

Acceptant ces dons volontaires, Sans demander qui les chargea, Il allait vanter dans les douaires Le château de la Métidja.

De jolis enfants, de beaux pages.

Aux entours promenant leurs pas, Conviaient les passants sauvages ; Mais quand ils n'en amenaient pas, L'éclat des fanaux à fleurs roses, Les coups frappés au derbouka.

Redoublaient, aux salles mi-closes.

Avec les parfums du moka. ^ Puis, chaussant des mailles légères, Les baboudjs de maroquin noir, La Reine allait par les bruyères Chercher des hôtes au manoir.

Quand la Jnounn fut vieille, enlaidie, Seule elle habita ce séjour ; Car une lente maladie .

Minait -ceux qui hantaient sa cour.

Leur cœur tombait en défaillance, Ressentant des transports ardents ; Leur chair était bleue... une transe De froid faisait claquer leurs dents. Bientôt un feu brûlait leur lèvre,

- J70 - Semblait pétiller dans leurs yeux!

Les malheureux avaient la fièvre....!

Leur délire rêvait ces lieux.

Près de cette eau, si fraîche à boire, Quelques instants je m'endormis En écoutant Tantique histoire De la Jnounn et de -ses amis.

Vers la belle de la légende Je reviens.... toujours mal depuis....

En lui présentant mon offrande Je me suis penché vers le puits.

De mon front j'écartais la gaze...

J'ai vu, dans les plis d'un linceul, La Jnounn s'élancer de la vase, Me regardant, la mort dans l'œil!

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