‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 47 sur 67 · ATLAS EST PÉTRIFIÉ · texte numérisé non relu

ATLAS EST PÉTRIFIÉ

Poëfue niytlk»logiqii€.

La nuit sur les hauts monts plane sereine et bleue, Semant mille astres d'or aux cieux.

Tel, sur Téventail de sa queue, Le paon d'azur ouvre des yeux.

Sur la plage africaine une tour, — labyrinthe D'aériens palais où montent œnt gradins, ^

S'élève au milieu d'une enceinte Dont le géant Atlas «ntoura ses jardins.

Qu'il est doux le parfum de ces secrets bocages, Dont les rameaux lustrés frémissent toujours verts,

Et de Junon gardent les gages

A l'amitié d'Atlas offerts!

Dans le feuillage sombre, auprès du fruit qui brille, En soleil odorant mainte fleur s'élargit ; Telle s'épanouit la blanche jeune fille Près de sa mère qui rougit.

Les ehacèls harlai^ot à la lune.

Leurs escadrons peureux froissaient les noirs buissons.

De son chant continu la cigale importune Faisait entendre au loin les sons.

Atlas, le vieil Atlas, dans cette paix profonde Tenant en main la sphère, oeuvre de son savoir,

Étudiait les lois du monde Aux constellations que la nuit laissait voir.

Au sommet de la tour dominant son royaume, S'il fuyait les ennuis au pied du trône assis,

Dans Vazur du céleste dôme

Le suivaient d'intimes soucis.

Parfois, sans détourner de sa sublime étude Le rayon de son œil interrogeant l'éther, Il parlait à voix haute en cette solitude, Et s'entretenait seul du fils de Jupiter.

De quels lieux viendra-t^il , surmontant tout obstacle, Ce bourreau de ma vie annoncé par l'oracle ?

Quand sur le mont Parnasse, au temple de Thémi?^, J'entendis cet arrêt des destins ennemis,

Je m'enfuis sur ces bords où la terre commence; J'entourai mes jardins d'une muraille immense; L'aspect d'un fier dragon chassa les étrangers Des confins que remplit ma forêt d'orangers... Et Busiris pourtant m'a dérobé ma fille !

Hercule, pénétrant au sein de ma famille, Reçut trois pommes d'or pour arrhes du Haut prix Que je mets- à briser sous son bras Busiris.

Ce monstre à son idole — à son dieu, — bœuf immonde ! Immole tout mortel à chevelure blonde.

Hercule pouvait seul affronter ce trépas!

Sans doute il a vaincu... Poui'tant il ne vient pas!

Mais quel nuage sombre à l'horizon s'élance, Et sous l'effort des vents lourdement se balance? Est-ce un dieu qui descend dans le vague des airs. Apportant un message en ces climats déserts?

Des étoiles d'argent ont constellé son casque Dont l'airain ténébreux ceint son front comme un masque... Aux créneaux de ma tour, des ailes aux talons, H descend, il s'avance... à sa rencontre allons!

I^RSEE.

Salut, fils de Japhet, — roi de Mauritanie! — Géant bien moins de taille encor que de génie!

A mon sort, lu le vois, les mortels sont égaux. Mon aïeul fut Acris, le puissant roi d'Argos. Ma mère Danaê... ( Ces larmes que j'essuie, Tu les excuseras... ) a vu Tor fondre en pluie Dans la tour où son père enferma sa beauté, Lorsque de Jupiter Tamour eut éclaté- Mais, pardonne!... A Tennui qu*à ton front je remarque. Je vois que tu connais nos périls dans la iSârque Sauvée à la faveur d'un pauvre matelot, — Ce que fit Polydecte inventant un complot Pour obliger mon bras à vaincre les Gorgones.

Atlas.

Jlgnore entièrement les détails que tu donnes

Persée.

Je te réciterai...

Atlas.

Je fen dispense.

Persée.

Eh bien!

De mes jeunes exploits je ne dirai plus rien. * Pégase qui m'apporte est haletant encore De mon dernier combat. — Ici, jusqu'à l'aurore, Je réclame le toit de l'hospitalité.

Atlas.

Nul fils de Jupiter ici n'est abrité I

Va! va pcH'ter plus loin, sur tes ailes légères, De tes hauts-faits de nuit les glaires mensongères!

Pbrsjêe.

Seigneur ? Si ta hauteur me répond sur ce ton , J'en appelle. à tes yeux...! ce casque de Plutoa, Ces ailes qu'à mes pieds lia le dieu Mercure, Te proureront les faits que ina parole assure. Ce glaive en diamant^ cbeT-d'œuvre de Yulcain, Le prouverait encore an monarque africaia.

Atlas.

Reprends ta route en Tair, étrange oiseau nocturne ! Ou des fers, au lieu d'ailes, orneront ton cothurne. Quitte au plus tôt ce sol où ton pied ra glissant... Vois! de ton manteau tombe une goutte de sang...! Vois naître sous tes pas le serpent, la vipère... Tu nous révéleras ce prodige, j'espère!

Portant de quelque crime une preuve à la main, Il quête des faveurs!... Scélérat!

Persée.

Inhumain !

Tu rêves dans l'olympe une science haute.

Et, quand le ciel l'envoie, ainsi tu prends un hôte! Je pars I mais j'obéis à Tordre de ta voix En montrant ce trophée à ta dureté : vois!...

IIM —

À ces mois, dévoilant la tète de Hëduse

Qu*il tenait aux serpents composant ses cheveux,

U la porte aux regards du cruel qui refuse

L'asile au voyageur, et dit : — « Tiens ! lu Je veux !...

De Méduse le front jaunit à chaque ride.

L'horreur dilate encor son œil vitrifié.

Le sang coule aux deux coins de sa bouche livide...! A cette vqe Atlas reste pétrifié.

Ses flancs s'élargissant, son énorme stature En marbres, en granit, sent se durcir ses os. Il devient roc, en lui tout change de nature; Son sang, glacé soudain, s'épanche en fraîches eaux.

De rhiver des vieux ans son front garda la neige. L'horreur, dont le frappa Taspect du crâne mort, Dresse encore sa barbe en forêt, qui protège Son sein tout déchiré comme par un remord.

Atlas, toujours Allas sous sa métamorphose, Surgit, mont orgueilleux, — sol inhospitalier; Les serpents, dont le sang de Méduse est la cause, Aux pas des voyageurs reviennent se lier.

Les nuits sur les hauts monts planent sereines, bleues,

Semant mille astres d'or aux deux, Et le géant, couvrant un lit de mille lieues. De leur divin spectacle occupe encor ses yeux.

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