LE CHANT DU MOUDDINN
Nocturne.
Sur un divan, dans le harem d'un More, Un chef chrétien s'expose aux coutelas.
Fathma l'arrête, et la nuit s'évapore.
Soudain le canon de l'aurore Le rappelle aux pieds de l'Atlas.
Et le mouddin, sommeillant à demi.
Chantait sur Alger endormi :
Achadou Mohammed raçoul Allah !
Haïa ala es-Sate!*
■— « Fathma, j'entends le vieux mouddin qui veille.
« En l'imitant le coq chante joyeux!
« La diane bat!... le soleil se réveille, « Car je vois ta bouche vermeille « Dans l'ombre sourire à mes yeux. »> —
Et le mouddin, sommeillant à demi,
Chantait sur Alger endormi :
Achadou Mohammed* raçoùl Allah !
Haïa ala es-Sala!
— « Dors sur mon sein.... dors mon beau capitaine I « Laisse prier, toi qui te ris des cieux.
« En vain Timam t'en exclut par sa haine; « Tu trouvas le ciel dans la chaîne « Que forment mes bras amoureux. «
Et le mouddin, sommeillant à demi.
Chantait sur Alger endormi :
Achadou Mohammed raçoul Allah î Haïa ala es-Sala!
— « Adieu Fathma! L'œil peut suivre ma trace «Du minaret où chante cette voix. » —
Il dit et part..., mais, gagnant la terrasse. Montant chaque marche il embrasse Sa Fathma Tembrassant deux fois.
Et le mouddin, sommeillant à demi.
Chantait sur Alger endormi :
Achadou Mohammed raçoul Allah!
Haïa ala es-Sala!
Sur sa maison, Hamed priait à l'heure
Où sa fille ouvre au beau Chrétien qui sort.
— « Vite, un poignard!... Que l'heureux couple meure!
« Un puits au fond de ma demeure
« Au monde cachera leur sort! »
Et le mouddin, sommeillant à demi,
Chantait sur Alger endormi :
Achadou Mohammed raçoul Allah !
Haïa ala es-Sala!