LES MINES D'OR ET D'ARGENT
Légende marocaine.
 peine il eut mangé la pomme , ^ Que de sa nudité rougit le premier homme.
Il courut se cacher soudain Dans le boccage ornant le céleste jardin.
Mais les arbres alors, qui se groupaient sans nombre, Et dont For et l'argent composaient les rameaux. En frissonnant d'horreur refusèrent leur ombre
Au coupable auteur de nos maux.
Leurs branches, dans la terre, aux profondes ravines Plongèrent tout-à-coup, ne laissant sur le sol
Que leur corps ligneux, leurs racines; Pour protéger Adam, bien triste parasol!
Dieu voyant pour le chef de nos races futures, Par qui ses ordres saints demeuraient dédaignés, Cette répulsion des arbres indignés,
BShit leurs troncs, géants de diverses statures^ Et dit : — Vos pieds ainsi, fidèles créatures, t Régneront désormais sur le front des humains, « Et votre tête aura pour esclaves leurs mains. »»
Depuis lors, les mortels ont cultivé les arbres, Obtenant leur ombrage au prix de travaux longs. Et, dans Tabtme obscur où se forment les marbres. Ont cherché Tor, l'argent, aux veines des filons.
HOMMAGE
A H. LE Marquis DE SAINT- PAULET Conseiller à la Cour impériale d'Alger.
Ma muse en ce récit fut assez orgueilleuse
Pour tenter d'arriver, — malgré Thydre en courroux.
Au faîte où se suspend votre Noix merveilleuse.,,, r
Si c'est mât de Cocagne, il est bien haut pour tous!
De mes forces Testrif excéda la mesure.
Mais, — fictions à part, — dans votre amitié sure
Je jouis du réel et veux rester jaloux
D'imi:er en retour ce beau modèle en vous.
LE JARDIN DE SID HELLEL A COLÊA.
Gomme dans Therbe on jette une corbeille, Par un beau jour Dieu fit tomber du ciel, Dans les jardins couronnant le Sahel, Coléa, ruche où se complait Fabeille.
Lamoricière, avec un fier coursier, Vint la cerner dans un réseau d'acier.
Dans la cité priait à la mosquée,
Qu'on vénérait sous le nom d'Embarreck,
Le brave Hellel, successeur du saint cheick.
n dit, pleurant sur Coléa bloquée :
« Fais de mon corps ce que tu veux, mon Dieu!
» Mais que ma tête un jour dorme en ce lieu! >
Il possédait près des murs de la ville Un beau jardin tout peuplé d'orangers.
Non loin régnait le camp des étrangers, Respectant mal ce potager fertile.
Où son esclave, en cueillant du persil, Fut tué net par un coup de fusil.
Ce Noir savait qu'il mordrait la poussière S'il venait là, se glissant, de son long; Plus que la mouche y bourdonnait le plomb.
On lui cria : — « Fuis ! la mort im erré ! »
Il comprit, mal cet affreux calembourg D'un vieux zouave en vedette au faubourg.
Hellel sachant le plus vrai des proverbes :
Hors de son bois la faim chasse le loup, Et qu'il ne faut pour le tuer qu'un coup , Dans son jardin vint cueillir quelques herbes. Voici qu'il trouve, en ramassant un fruit, Le chef français s'y reposant sans bruit.
— « Salut, Sidil ce clos qu'on te chicane,
» De tous tes biens te reste, homme au burnous !
— »> Salut guerrier, qu'on nomme parmi nous » Bon Araouâ, le compère à la canne. > — Hideux cyclope, ainsi parlait Hellel * Sombre et pensif, au jeune colonel.
— « Allons Sidi ! viens fumer dans ma tente « La pipe d'ambre en buvant le moka !
— « On craint les dons de qui nous attaqua !
— « Sois moins rêveur... Je veux qu'on te contente 1
— « Prête-moi donc, beau fils de la valeur, « Cinq cents douros du père de la fleur. **
— « Ta les auras. — w Prends ce sol en échange. '< Mais, sous mon ioii, sans redouter nos coups, « Viendrais-tu bien goûter notre couscous ?
— « Moi I pourquoi pas ? quand il est bon j'en mange. » Bou Haraouâ, le sac d'écus en main,
Fut chez Hellel dtner le lendemain.
Tandis qu*à terte, au plat que rien n'eKhaussé, Auprès d'Hellel il prenait du froment Réduit en neige, amas tiède et fumant Qu'en pelotons on pétrit dans la sa^ce, Ses yeux voyaient, de la salle à manger, Près des remparts s'étendre le verger.
Dans le ravin , plein du charmant murmure De r^u baignant le pied des citronniers.
Les gais soldats devenus jardiniers, Du clos d'Hellel émondaient la ramure, Pour mieux montrer son parterre au soleil ; Les parcs royaux n'en ont pas un pareil.
Br^, rejoignant son coursier qui trépigne,
Lamoricière a laissé le régaL
Son Bucéphale, alezan sans ^,
Du jeune chef par sa noblesse est digne.
— » Ahl... prête-moi, dit l'indiscret Bedcmin,
» Ce destrier...! — « Tu le veux? Prends-en soin. ^
Mais de TEmir un dévot satellite, Venu de nuit dans la sainte cité, Prêchant tout bas la toi , la liberté , Fit tant qu'Hellel le suivit dans sa fuite.
Le cheick partit quand pleure le chacal...
Adieu l'argent, TArabe et le cheval !
Au pied du camp, dans une tiède enceinte,
Où tout Français, du repas échauffé,
Se croit tenu d*avaler du café
Autant qu'à jeun il dut prendre d'absinthe,
Lamoricière avait conduit , un soir.
Ses officiers,. et venait de s'asseoir.
Lorsqu'on entend un cheval qui se cabre...
Entre un Bédouin, sans s'approcher du rond.
Tout grunaçant, conjme ceux dont le front Tremble au miroir d'une lame de sabre.
Une tunique aux fils blancs, rouges, bleus, Flotte à l'entour de ses membres huileux.
Lamoricière a vu qu'à son hôtesse
11 a remis un pli, prompt à s'enfuir.
La lettre enfin , destinée au kébir,
De main en main parvient à son adresse :
— « C'est mon cheval ! mes draghms ! dit-il soudain,
•) Qu'Hellel me rend , réclamant son jardin ! »
<• Mais le chaoux...? » — Les ombres sont épaist Le messager s'est enfui plein d'effroi...
Sous un figuier hennit le palefroi
Dans la sacoche on trouva les espèces.
Comme un beau trait ce fait fut regardé; Un punch aux œufs alors fut commandé.
Sous notre glaive Hellel vit sa carrière Coupée au groupe où son rang rappela, Et son corps git non loin de TOued Melah. * Dieu^ cependant, a béni sa prière.
Aux soins des siens la France suppléa, En inhumant sa tôte à Coléa.