‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 52 sur 67 · LE SPAHIS · texte numérisé non relu

LE SPAHIS

A cheval, camarades!

L'ordre du Général,

Non plus pour des parades

A donné le signal.

Voici le temps des figues, *

Les Bédouins font des ligues.

Déjouons leurs intrigues....

Spahis, vite! à cheval.

Tremblez, gens de la plaine!

Car nous avons chez nous Tous ceux qui portent haine Aux fellahs comme vous.

Ce sont des nègres braves Qui ne sont plus esclaves; Des Maures aux fronts hâves, Enfants des Andaloux.

Attends, coursier numide, Généreux palefroi Qui veux partir, rapide, Et tressailles sous moi ;

Attends que ces trompettes^ Ces tambours, ces aigrettes, Ces mille bayonnettes Aient passé devant toi.

Place à nous ! Tous, arrière !

J'ai mon sif meurtrier Passé sous Tétrivière Où pend mon étrier ; Mon fusil que j'enchaîne Sur mon dos sonne à peine ; Ma giberne est bien pleine....

Allons, mon destrier I

Pour dévaster maint douaire, Décrits par Ebn-Kaldoun, Comme cette poussière Qu'enflamme le Simoun, Comme un torrent s'écoule, Comme un tourbillon roule.

Des Spahis sort la foule Du faubourg Bab-Azoun.*

Yallah I Vive la France !

Qu'il est beau, qu'il est lier Sous son bournouç garance Le Spahis fendant l'air !

Quand son escadron donne Et que le canon tonne, Cette rouge colonne Passe comme un éclair.

Mais l'ennemi s'avance

Bouffarick dans ses bois

Le recelait Silence!

Laissons tonner sa voix.

Voyez sa troupe blanche....,!

Retroussons notre manche !

Que du sabre qui tranche Elle sente le poids. .

Seul, chaque Spahis charge Et revient au galop.

Telle, en courroux, du large La mer vient flot à flot, — Éclate sur la plage Que sa fureur ravage, Et retourne, sauvage.

Dans l'abîme aussitôt.

Un autre, sur sa trace, S'élance foudroyant, Va plus loin, tire et passe A droite en tournoyant,

Gomme aux courses des fêtes, Et comme les comètes Décrivent sur nos têtes Un élipse effrayant.

L'essaim tournant ressemble, Dans son vol, aux vautours.

Mon fusil brûlant tremble.

Dans mes mains fait cent tours.

Saute comme la canne Du géant dont le crâne. De plumes chargé, plane Au-dessus des tambours.

J'ai vidé ma giberne.

Sabre en mains, nous courons Sur les Bédouins qu'on cerne.

Ils ont crié : mourons!

Sous nos pieds tout s'écrase, Le sang rougit la vase, Et jaillit sur la gaze Qui flotte sur nos fronts.

En avant! mort et rage!

La guerre est sans remord....!

Allons, Spahis! courage!

Ton coursier rue et mord

Ceux que ton sabre immole Dans la mêlée où vole Sa chevelure folle...

En avant! rage et mort!

Que tout meure ou se rende!.

C'est bien!... Sonnez clairons!

De jasmins en guirlande Ornons nos chaperons.

Viens mon coursier, présente Ta poitrine écumantc, Et tes flancs qu'ensanglante Le dard des éperons.

Viens te baigner, viens boire; Je te dois tous ces soins.

En un jour de victoire Sois sans tristesse au moins!

N'as-tu pas, mon fidèle, A Tarçon de ta selle Dont un sang noir ruisselle, Deux têtes de Bédouins!

Page 1