L'EXALTATION DE LA CROIX A AL&ER
Sur la mosquée consacrée au culte catholique (1858).
France, qui dans l'Algérie
Viens relever, de tes mains,
La gloire longtemps flétrie
Du labarum des Romains,
Qu'un autre, à son tour, redise
Constantine d'assaut prise
Par tes fils, Chrétiens de cœur;
A l'écho des tabernacles
Je chante d'autres miracles :
La Croix du Christ, — seul vainqueur !
Comme ton drapeau qui flotte
Sur les crénaux de Cirta, *
Comme un signal au pilote,
Ici ta main la planta.
Des fléaux pour nous défendre,
Ses deux bras semblent s'étendre, —
Du haut des deux nous bénir.
Accord entre deux parties
Par un art simple assorties,
.Ce signe dit de s'unir.
Oui, lorsque dans la tempête La carène s'ouvre aux flots Qui dévorent leur conquête Sous les pieds des matelots, Chacun oubliant ses haines Et ses rivalités vaines, — Qu'il fût seul ou qu'on raimât, — Loin de fuir dans la chaloupe, Vient se réunir au groupe Qui pompe au pied du grand mât.
Ainsi, dans le vaste orage Où sombre l'humanité.
Retardons son grand naufrage, Peuples, par notre unité!
Musulman, Juif, Catholique, Autour de ce mât mystique, — Colonne en qui tous ont cru, — Fixons-nous par un fort câble !
De son antenne adorable Le Christ n'a pas disparu.
Gomme un cultivateur sage Sous un toit serre ses blés, On dirait, sur cette plage, Que Dieu nous a rassemblés.
- no -
On dirait que dans rattentp De la ruine éclatante Du monde et de sa moisson, Dieu de récolter se presse, Ciomme un colon qui ne laisse Rien à Tarrière-saison.
Nolasque, enfant de la France, Au port d'Alger, autrefois.
En consolant la souffrance, Vainement prêcha la croix.
Dans ce but venu d'Espagne, Raymond Nonat voit, au bagne.
Sur sa bouche un cadenas; Sérapion, — lutte extrême ! — Vienf verser, sur la croix môme, Tout son sang en purs grenats.
En vain Paul-Trois le Saint-Père, Et rempereur Charles-Quint, Ordonnent qu'Alger révère De la croix Femblême saint.
Du Christ ce n'était pas l'heure:
Et le vieux Doria pleure , Dans la tempête, de voir Trois cents voiles et ]'arm('»e
Ternissant leur reaoïaiaée Devant un eunuque noir. *
Devant un chef sans méthode, Un vil renégat toscan,** Les Hospitaliers de Rhodes Se replîraient vers leur camp !
Leur cœur valeureux s'exalte Sous la blanche croix de Malte Oui rayonne sur leur sein !
En vain la sainte cohorte, Dans Alger fermant sa porte, Repousse Félan d'Hassein.
Dans une sanglante fange,
Bientôt, sous ces hauts remparts.
Ne restent de leur phalange
Que des chevaliers épars;
Et Savignac qui regrette
De les voir battre en retraite,
Dit, en plantant son poignard
Fait en forme cruciale.
Dans cette porte fatale :
« Croix! reste ici pour plus lard. »»
Et depuis, les Trinitaircs Vinrent seuls sur leurs esquifs,
S'exposer aux cimeterres Pour racheter les captifs.
Sous leurs blancs manteaux, ces anges Dont le Turc avec louanges Accueillait Tor et les pas, — Pouvaient montrer aux esclaves, En détachant leurs entraves, Le Christ leur tendant les bras,
G*était aux jours où les fêtes Ck)uvrent nos autels de fleurs, <}ue le bâton, sur leurs têtes, Joignait Toutrage aux douleurs.
Dans leur bagne, sous la terre, Ils avaient, sur une pierre, * Gravé la croix... Malheureux!
Ils Tadoraient dans les ombres...
Sors aujourd'hui des décombres, croix ! planes dans les cieux !
croix! Salut!... Je t'honore!
Tu n'es pas, à ces hauteurs,
La balance pour le More,
Des pleurs qu'il doit à nos pleurs.
Notre foi qui se confie
En un Dieu qu'on crucifie,
De la croix porte le faix Et jusqu'au trépas pardonne...
Ton image qui rayonne, N'est là qu'un gage de paix.
La croix d'un bleu tatouage , Marque chère à des tribus, Autrefois, sur ce rivage, Exemptait de tous tributs.
Signe dont l'azur décore Les fronts de leurs fils encore, Imprime-toi dans leur cœur Par les bienfaits de la France Apportant leur délivrance Aux esclaves de l'erreur.
Que, redevenant fidèles, Ces vieux enfants de h croix Trouvent en nous les modèles Du respect pour tous les droits ; Et nous, prenons pour exemple Leur piété dans leur temple; — Pour Dieu, quand il faut surgir, Imitons leur héroïsme Qu'ont appelé fanatisme Ceux que la croix fait rougir!
Que d'étendards on arbore
Id, sous te ciel si beau !
L Anglais, son yacht tricolore;
Le Turc, son rouge drapeau.
Le croissant d'un vain prophète
A brillé sur chaque faite
Des dômes de la cité;
Et tu caches, — toi, le maître!
Toi Chrétien, honteux de Tètre, —
La croix qui fa racheter
Au minaret c'est le gage Des vains préjugés détruits, Et dans Alger c'est l'image D'un arbre où viendront des fruits.
Le héros de Constantine N'eût-il pas mis en ruine Murs et créneaux entassés; N'eût-il mis que ce symbole Sur la mauresque coupole^ Qu'il en aurait £ait assez.