‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 57 sur 67 · AU SOLDAT FRANÇAIS, VAINQUEUR DE LA RABYLIE · texte numérisé non relu

AU SOLDAT FRANÇAIS, VAINQUEUR DE LA RABYLIE

Poëme allégorique.

Arrive un étranger aux bords de la Lybie , Portant trois pommes d'or dans la peau d'un lion. Point d'épée à son flanc par le loisir fourbie^ — Verge qu'un soldat montre à la rébellion.

Sa chevelure blonde

A flots dorés inonde

Son front, son cou nerveux, — ■

Blanc sous ses longs cheveux.

Sous son pied, — large base, —

Le roc vaincu s'écrase,

Et ses bras musculeux

Sont peints de ruisseaux bleus.

— « C'est Hercule apportant les fruits des Hespérides î. Proclama un cri soudain, sitôt qu'il se fait voir. Les peuples opprimés courent, — troupes livides, -

Autour du héros, — leur espoir.

— « fils de Jupiter, conservateur des hommes, » Qui des rois inhumains et des monstres divers

Sauva d'autres mortels, faibles comme nous sommes, T'invoquerons-nous seuls, en vain, dans Tunivers !

» Un monstre reste encore,

» Dont la rage dévore,

» Dans ce triste séjour,

» Un de nous chaque jour.

») Il provoque à la lutte,

»♦ Trop certain de leur chute,

>> Les plus forts d'entre nous

» Qui tombent sous ses coups.

Sa taille a la hauteur de soixante coudées !

La Terre et l'Océan l'ont doté d'un œil vert! Deux jambes de Syréne à ses flancs sont soudées ; ') D'écaillés son corps est couvert. »

— <« Votre erreur seule, amis, le grandit et propage » La terreur qu'il inspire au peuplé extravagant ? » Je vous demande un guide, un homme de courage I Tous reculant d'effroi... — « Mais où git le brigand?

— « Tu dois marcher une heure

» Pour trouver sa demeure

» Qui se creuse au chemin

' Du temple de Jupin ;

« Il en ferme rapproche,

•> Accroupi sous la loche,

» Étalant aux eniours » Des repas aux vautours. » — Vers le désert Âlcide allait , ptetn de courage, Disant : — « Dieu ! sur mon bras jetle un regard plus doux r'> Lointain témoin , le peuple à travers le feuillage Criait : — « Hercule saave*nous ! »»

11 marche y et bientôt voit la campagne couverte De squelettes blanchis et de sanglants lambeaux. Devant lui, dans les airs, par la plaine déserte, S'échappent les chacals, — s'envolent les corbeaux; —

Et bientôt il discerne,

Au fond d'une caverne.

Plié sur ses getioux

Un Kabyle en burnous.

Telle on voit Faraignée

S'accroupir, •— éloignée

Dans l'angle des vieux murs, —

Sur ses membres impurs.

Aux pas retentissants du c^lossaL Hercule ,

Antée accourt, portant la mort au pèlerin.

Bien qu'il se trouve égal en statare, il recule

A Taspect de ce front serein.

— « Salut I sage, en ces lieux fuyant la servitude r

— « Voyageur, ton esquif naufrage dans le port.

- ?3l — » Apprends qu'Ântée , au fond de cette solitade , » Ne rends point de salut, et donne à tous la mort!

— « Ta force parait grande I » Mais, moi, je ne demande » En don de ta bonté,

» Que rhospitalité. »>

— « Ces pyramides hautes

» Sont les corps de mes hôtes.

» Ils dorment d'uu sommeil ») Qui n'a pas de réveil.

— « Un langage aussi fier cache un dessein, sans doute?.. »

— » Avec des ossements je construis, en ce lieu,

« Un temple au grand Neptune, — et pour clef de la voûle, » Je veux offrir ton crâne au dieu. »

A ces mots, rejetant son burnous en arrière, Il montre un corps robuste, à tout autre pareil; Et sur le champ du meurtre il saisit une pierre, Qu'il lance au front d'Hercule où plane le soleil.

L'héroïque figure,

Qu'indigne cette injure,

Sourit du coup porté

Par le monstre irrité.

Et d'un revers rapide,

Le bras du n(rt)le Alcide

Sur le sol jette au loin Le féroce Bédouin.

Il tombe, — mais Toiseau soutenu par son aile, D'une chute moins lourde est plus contus au flanc; Sur ses jarrets puissants la vive sauterelle Surgit d'un moins rapide élan !

Relevé sur ses pieds, à son visage monte Tout son sang qui de pourpre enflamme sa laideur. Sur ses membres velus la sueur de la honte Coule aux regards d'Alcide éclatant de splendeur.

Pour le frapper au ventre,

La force qu'il concentre

Aux muscles de son cou

Penché vers son genou ,

Imite en violence

Le taureau qui s'élance...

Mais son aveugle front

Trompant son élan prompt, Il tombe, de son long étendu sur le sable.

Où ses ongles crispés grincent comme la mer.

Il se redresse... écume... -— Hercule inaltérable L'accueille d'un sourire amer.

Le monstre, dont l'effroi peint la face blémie. Entoure le héros d'un large embrassement.

- 233 -r A l'ardente moiteur de 1 amoureuse amie Jamais d'un nœud plus chaud ne s'enchaîna l'amant.

Saisi par la crinière,

Son front jette en arrière

Des regards moribonds,

Lorsqu'il s'épuise en bonds...

Lorsque sa jambe tremble

Sous les efforts qu'ensemble

Font un pied l'enlaçant...

Une main le poussant...

Il tombe, — et, dans sa chute, en ses bras il entraîne Le demi-dieu lié dont la rage enfin bout...

Mais sitôt que ses flancs ont comprimé l'arène, Le groupe aussitôt est debout.

Alcide a reconnu que ce fils de la Terre,

Plus fort à chaque fois qu'il mord latpoudre en vain,

Surgit sur la mamelle offerte par sa mère.

Il entoure ses flancs, — lui comprime le sein, —

Et l'enlevant de terre,

C'est s;on bij^ste qu'il serre,

Rapetissant son cœur

Dans un étau, vainqueur.

Le monstre, en sa poitrine

Du jeu de la narine

N'aspirant plus Téther, Rend Tâme à Jupiter I De son torse plus lourd Hercule se dégage.

Sans être ranimé son poids tombe au limon.

Lointain témoin, le peuple, à travers le feuillage Accourt au divin fils d'Ammon.

— « Gloire à toi, qui jadis écrasa dans tes langes- « Deux serpents envoyés pour t'allaiter de fiel , » Et, douze fois depuis, mérita des louanges » Dont la pâle Junon a frémi dans le ciel I

» Il est beau que tu donnes

» Aux deux mers des colonnes î

» Il est beau d'assainir

» L'Élide, et d'obtenir

•) Du prince des Numides

') Les fruits des Hespérides!

)» C'est beau de mettre au frein

» La biche aux pieds d'airain !

» Mais il est bien plus beau de sauver la patrie » D'un peuple qui gémit sous des brigands cruels! ^ Libre de la Terreur et de la Barbarie, » Il dresse au héros des autels! «

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