‹ Poèmes anciens et romanesques, 1887-1889Chapitre 3 sur 10 · LE SALUT A L'ETRANGERE · texte numérisé non relu

LE SALUT A L'ETRANGERE

Aux ruines de Vie antérieure et morte,

Au fronton dominant l'ombre cave de la porte

Où s'engouffrent les feuilles comme les ailes mortes

Des vols de crêpe épars sur les étangs de moire !

Face de doux relief et triste épiphanie

Double de Songe et Sœur de Mémoire,

Et sourire posthume qui se renie !

Masque pâle entre ses bandeaux et pour la mort Sans funèbre laurier au front ni pierrerie, Lèvres de pourpre stricte où le silence crie Et les yeux clos comme des yeux d'enfant qui dort ;

Masque pâle sans au front une pierrerie Ni funèbre laurier au-delà de la mort ; Quelle parole est morte à la lèvre meurtrie De quel aveu pour que la lèvre en saigne encor !

Masque éperdu vers les étoiles Son intacte blancheur de marbre a vaincu l'ombre Et la face s'exhume éternelle de l'ombre

Blanche et grave sous les étoiles.

Masque plus pâle que l'aurore Et la lune aux étangs mirée et faciale Étrange et fruste et d'une douceur faciale

Ainsi qu'une lune d'aurore.

Masque ébloui sous le soleil Fixe et mate d'une candeur inaltérée ; Nulle soif n'a disjoint la lèvre inaltérée

Rouge fruit gorgé de soleil.

Masque sans larmes sous la pluie, Où la pluie aux soirs d'encre éperdûment ruisselle, Paupières closes d^où rien autre ne ruisselle

Que les froides larmes de pluie.

LE SALUT A l'ÉTRAXGKRE 55

Masque muet au vent qui passe Au vent qui passe et joue en les lèvres aphones A simuler la voix de ces lèvres aphones

Où le mensonge du vent passe !

Je t'ai connu vivant, hilare et nimbé d'or Sous le triple laurier et sous la pierrerie, Yeux à la vie et bouche loquace et mûrie Pour le baiser et pour la colère qui mord.

J'ai vu vivre tes yeux, tes yeux, ô pierreries, Et je sais le passé que ton silence dort Quand tu marchais vivante, en les idolâtries, Parmi les palmes et le sang et parmi l'or!

L'usurpateur mystérieux des destinées, L'involontaire Amant qui chevauche et guerroie A disparu dans l'ombre au détour des années.

Le cimier d'ailes au vent de la mer s'éploie. L'éternelle aventure a ri comme une femme Aux horizons d'aurore un visage de joie.

Il a vu, stricte banneret de l'oriflamme,

Un masque douloureux pleurer parmi les nues

Du couchant saccagé comme une Ville en flamme.

Des antres et du lac les Nymphes sortaient nues ! Les Aegypans des bois ont guetté son passage D e leurs yeux clairs luisant en leurs faces cornues.

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