‹ Poèmes anciens et romanesques, 1887-1889Chapitre 5 sur 10 · SCENES AU CREPUSCULE · texte numérisé non relu

SCENES AU CREPUSCULE

Le vent du soir dénoue aux robes défleuries

La ceinture d'émail et l'écharpe de soie,

Les draps lourds des tréteaux ondulent aux prairies

Où frissonne la banderole qui s'éploie.

Il filtre un air épars de flûte et de viole Soupir d'archet qui vibre aux grêles cordes d'or Et cesse si jaillit du chœur qui s'étiole Quelque sanglot trouant la toile du décor.

De grands orgueils rompus comme en éclats de glaives De grands espoirs tués comme des oiseaux bleus Qui saignent par la nuit de la mer et des grèves Où luisent les torches des Actes fabuleux.

Le cri du buccin clair s'enlace de violes, Il meurt des ailes aux franges d'or des tréteaux Et des flûtes tout bas pleurent des glorioles, Rames des Nefs d'espoir en larmes sur les eaux !

Le crépuscule est si triste et ce soir de fête Si dénué de rire et hanté du vieux songe ! Et la prairie est toute rose et violette Et le geste en un geste d'ombre se prolonge.

Et les Joueuses en leurs robes défleuries

Sentent leur voix rétive aux rôles oubliés,

Sur elles se mourir l'éclat des pierreries

Et leurs masques choient et se brisent à leurs pieds ;

Plus tremblantes dans l'ombre où tremble une viole Elles écoutent frissonner toute la mort, Et jaillir comme un cri du choeur qui s'étiole Le buccin clair trouant la toile du décor !

Face à face et devant le soir qui les fascine

A l'étrange prairie où ne foule les fleurs

Nul Avide d'ouïr la Fable sybilline

Que se diraient leurs voix d'Amantes et de Sœurs !

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Et le doux chœur épars et grave comme une âme Lasse à jamais et qui pleure et sufl'oque au songe Des bleus oiseaux brûlés par la torche de flamme Rétorque le silence où se plait leur mensonge!

En allant vers la \'ille où l'on chante aux terrasses

Sous les arbres en fleurs comme des bouquets de fiancées

En allant vers la Ville où le pavé des places

Vibre au soir rose et bleu d'un silence de danses lassées

Nous avons rencontré les filles de la plaine

Qui s'en venaient à la fontaine

Qui s'en venaient à perdre haleine

Et nous avons passé !

La douceur des ciels clairs vivait en leurs yeux tristes Les oiseaux du matin chantaient en leurs voix douces ! O si douces avec leurs yeux de bonne route Et si tendres avec leurs voix de colombes indicatrices.

SCi;NE^ AU CREPUSCULE I OD

Elles s'assirent pour nous voir, tristes et sages,

Leurs mains jointes semblaient garder leurs cœurs en cages !

Les ballerines ont croisé nos chemins

Et nous avons suivi leurs fards, leurs rires, leurs tambourins

Pour les perdre un soir d'ombre au détour du chemin...

Nous allons vers la Ville oii l'on chante aux terrasses

Sous les arbres en fleurs chercher les Fiancées

O cloches d^allégresse au silence des places

Les clochers tremblent comme des fleurs balancées !

Nos espoirs entreront par les portes ouvertes

En vols de papillons légers aux vastes ailes

Avec les hirondelles

Qui s'en viennent inertes

Lasses d'avoir passé et repassé les mers

Et vers les angles noirs et sur les pavés clairs

Nos espoirs volèteront en ombres joyeuses

Comme des pétales de fleurs merveilleuses

Que pleut le soir d'avril aux tresses des Pileuses

Les papillons sont pris en les fils des rouets !

Et la Ville est fatale aux destins de misère

Qui passent en songeant sous leurs manteaux troués.

Le vent venu des prés est nué d'éphémères...

Les rouets sans repos chantent aux seuils des portes Vibrants et doux et comme en mémoire d'abeilles, Et les métiers subtils de soie ourdie moquent Les blancs vols prisonniers dont ils captent les ailes ;

Le vent s'irrite et rit en les marteaux troués Par le vieux mal de vivre aux destins de misères. Les papillons se prennent aux rets des rouets Et le soir tombe sur la Ville sage et claire

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