‹ Poèmes antiquesChapitre 44 sur 45 · GANGA · texte numérisé non relu

GANGA

Ouand de telles douleurs troublent Tâme blessée, 0 Brahmanes chéris, l'attente est insensée. S ile remède est prêt , les longs discours sont vains. Levez-vous, et quittez le fleuve aux flots divins, Et la forêt profonde où son beau coui's conuneii<-e.

0 sages, le temps presse et la route est immense. Par delà les lacs bleus de lotus embellis, Que le souffle vital berce dans leurs grands lits, Le Kaîlasa céleste , entre les monts sublimes , Elève le plus haut ses merveilleuses cimes. Là, sous le dôme épais des téuillages pourprés. Parmi les kokilas et les paons diaprés. Réside Bhagavat dont la face illumine.

Son sourire estMàyâ, l'illusion divine; Sur son ventre d'azur roulent les grandes eaux; I^a charpente des monts est faite de ses os. Les fleuves ont germé dans ses veines , sa tête Enferme les Védas; son souffle est la tempête; Sa marche est à la fois le temps et l'action; Son coup d'œil éternel est la création , Et le vaste Univers forme son corps solide,

Allez, la roule est longue et la vie est rapide.

Et Ganga disparut dans le fleuve endormi Comme un rayon qui plonge et s'éclipse à demi

Pareils à l'éléphant qui , de son pied sonore , Fuit l'ardente forêt qu'un feu soudain dévore; Qui mugit à travers les flamboyants rameaux, Et respirant ù peine et consumé de maux, Emportant l'incendie à son flanc qui palpite , Dans la fraîcheur des eaux roule et se précipite ; A la voix de Ganga les sages soucieux Sentaient les pleurs amers se sécher dans leurs yeux . Sept fois, les bras tendus vers l'onde bleue et claire, Ils bénirent ton nom, ô vierge tutélaire, 0 fille d'Himavat, déesse au corps charmant,

Qui jadis habitais le large firmament,

Et que Bhagiratlia, le roi du sacrifice.

Fit descendre en ce monde en proie à l'injustice.

Puis adorant ton nom béni par eux sept fois ,

Ils quittèrent le fleuve et l'épaisseur des bois ;

Et vers la région des montagnes neigeuses ,

Durant les chauds soleils et les nuits orageuses,

Dédaigneux du péril et du rire moqueur,

Les yeux clos, ils marchaient aux clartés de leur cœur.

Enfin les lacs sacrés, à Thorizon en flammes,

Resplendirent, berçant des Esprits sur leurs lames.

Dans leur sein azuré, le mont intelligent ,

L'immense Kaîlasa mirait ses pics d'argent

Où siège Bhagavat sur un trône d'ivoire ;

Et les sages en chœur saluèrent sa gloire.

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