‹ Poèmes antiquesChapitre 6 sur 45 · ANTISTROPHE · texte numérisé non relu

ANTISTROPHE

Les jeux, les ris vermeils, les grâces, Eros à l'arc d'ivoire, Aphrodite au beau sein.

Et les désirs, comme un essaim,

Vont et s'empressent sur tes traces.

Le flot des mers pour toi murmure et chante mieux ; Une lyre cachée enivre ton oreille.

L'aube est plus fraîche et plus vermeille, Et l'étoile nocturne est plus belle à tes yeux.

0 vierge heureuse et bien aimée , Ceinte des roses du printemps, Qui , dans ta robe parfumée , Apparus au matin des temps!

Ta voix est comme une harmonie;

Les violeltes d'ionie

Fleurissent sous ton pied charmant.

Salut, ô jeunesse féconde,

Dont les bras contiennent le monde

Dans un divin embrassement!

DÉMODOCE.

Bienheureuse l'austère et la rude jeunesse Qui rend un culte chaste à l'antique vertu ! Mieux qu'un guerrier de fer et d'airain revêtu, Le jeune homme au cœur pur marche dans la sagesse

Le myrte efféminé n'orne point ses cheveux, Il n'a point effeuillé la rose ionienne;

Mais sa bouche est sincère et sa face est sereine , Et la lance d'Ares charge son bras nerveux.

En de mâles travaux ainsi coule sa vie. Si parfois l'étranger l'accueille à son foyer, Il n'outragera point l'autel hospitalier, Et respecte le seuil où l'hôte le convie.

I*uis les rapides ans inclinent sa fierté; Mais la vieillesse auguste ennoblit le visage ! Et qui vécut ainsi , peut mourir, il fut sage , Et demeure en exemple à la postérité.

LE CHOEUR DE FEMMES

Vierge Pallas , toujours majestueuse et belle , Préserve-moi d'Eros! A ton culte fidèle.

Dans la maison d'Hélène et dans la chasteté, Je fuirai du plaisir l'amère volupté.

Sous ton égide d'or, ô sereine déesse , Garde d'un souffle impur la fleur de ma jeunesse.

LE CHOEUR d'hommes.

Déesse , qui naquis de l'écume des mers ,

Dont le rire brillant tarit les pleurs amers ,

Aphrodite ! à tes pieds la terre est prosternée.

0 mère des désirs, d'Eros et d'Hyménée,

Ceins mes temples de myrte , et qu'un hymne sans fin

Réjouisse le cours de mon heureux destin!

DÉMODOGE.

Le désir est menteur, la joie est infidèle. Toi seule es immuable , ô sagesse éternelle !

L'heure passe, et le niyrle à nos fronts est fané; Mais l'austère bonheur que tu nous as donné, Semblable au vaste mont qui plonge aux mers profondes Demeure inébranlable aux secousses des ondes.

LE CHOEUR d'hommes.

Le souffle de Borée a refroidi vos cieux.

Oh! eombien noire Troie est plus brillante aux yeux!

Vierges , suivez Hélène aux rives de Phrygie , ,

Où le jeune lacehos mène la sainte orgie ;

Où la grande Cybèle au front majestueux ,

Assise sur le dos des lions tueurs de bœufs,

Du Pactole aux flots d'or vénérable habitante

Couvre plaines et monts de sa robe éclatante !

0 verts sommets du Taygète, ô beau ciel! Dieux de Pélops, dieux protecteurs d'Hélène! Vents qui soufflez une si douce haleine Dans les vallons du pays paternel ; Et vous, témoins d'un amour immortel, Flots d'Eurotas, ornement de la plaine!

DÉMODOCE.

Etrangers , c'est en vain qu'en mots harmonieux

Vous caressez l'oreille et l'esprit curieux.

C'est assez. Grâce aux dieux qui font la destinée ,

Au sol de notre Hellas notre âme est enchaînée ;

Et la terre immortelle où dorment nos aïeux

Est trop douce à nos cœurs et trop belle à nos yeux.

Les venls emporteront ta poussière inféconde , llion! mais Hellas illumine le monde!

HELENE. — PARIS. — DEMODOCE. — choeur de femmes.

CHOEUR d'hommes.

HELENE

Tes lèvres ont goûté le froment et le vin, Fils de Priam. Ainsi l'a voulu le destin. Des dieux hospitaliers j'ai gardé la loi sainte. Mais de Sparte déjà dorant la vaste enceinte, L'aurore a secoué ses roses dans l'azur, Et l'astre à l'horizon incline un front obscur. Dans le large Eurotas ta trirème lavée

Sur les flots, par les vents , s'agite soulevée. Va! que Zeus te protège, et que les dieux marins T'offrent un ciel propice et des astres sereins! Tu reverras l'Ida couronné de pins sombres, Et les rapides cerfs qui paissent sous leurs ombres , Et les fleuves d'argent, Simoïs et Xanthos, Et (es parents âgés et les remparts d'Ilos. Heureux qui, sans remords, et d'une âme attendrie Bevoit les cieux connus et la douce patrie!

PARIS

0 blanche Tyndaride , ô fille de Léda , Noble Hélène! Aphrodite, au sommet de l'Ida, A mes yeux transportés éblouissante et nue, Moins sublime, apparut du milieu de la nue! N'es-tu point Euphrosyne au corps harmonieux

Dont rêvent les humains et qu'admirent les dieux? Où la blonde Aglaé dont les molles paupières Enveloppent les cœurs d'un tissu de lumières? L'or de tes cheveux brûle, et tes yeux fiers et doux Font palpiter le sein et courber les genoux ! Tes pieds divins sans doute ont foulé les nuées. Les vierges de Phrygie aux robes dénouées , Etoiles qui du jour craignent l'auguste aspect , Vont pâlir devant toi d'envie et de respect. Viens! Aphrodite veut qu'aux bords sacrés de Troie J'emporte avec orgueil mon éclatante proie! Elle-même, prodigue en son divin secours, De mon vaisseau rapide a dirigé le cours.

HÉLÈNE

0 vous , fils du grand Zens , Dioscures sublimes ,

Qui de l'Olympe auguste illuminez les cimes; Vous qui , levant la pique et le ceste guerrier,

Jadis avez conquis le divin bélier!

0 gloire de l'Hellade, amis de mon enfance,

Mes frères , entendez votre sœur qu'on oifense !

Et toi, vierge Pallas, gardienne de l'hymen.

Qui portes l'olivier et la lance en ta main ,

Vois combien ce regard me pénètre et m'enflamme!

Mets ta force divine, ô Pallas, dans mon âme;

Soutiens mon lâche cœur dans ce honteux danger.

LE CHOEUR DE FEMMES

Dieux! chassez de nos murs ce funeste Etranger.

PARIS

Hélène aux pieds d'argent, des femmes la plus belle Mon cœur est dévoré d'une ardeur immortelle !

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