‹ Poèmes aristophanesquesChapitre 20 sur 62 · VIEILLES ACTRICES · texte numérisé non relu

VIEILLES ACTRICES

A Georges Maurevert.

Toujours belles! Toujours pimpantes! Toujours fraîches I

Camélias sculptés dans un cœur de navet, La plupart en étaient à la saison des pêches Au temps de Rémusat et de Montalivet.

Des princes, morts depuis, charg'és d'ans et de g'Ioire, Sous le bandeau royal écrasaient leur chevet. C'est par là que devient une enseig'ne notoire.

Les poètes d'alors, plus creux que des tambours, Vantaient leurs cols de cyg-ne et leurs hanches d'ivoire, Leurs dents de nacre et leurs paupières de velours.

On redisait leurs noms dans les sous-préfectures, Déjà! tant qu'au Marais, où vivent des g'ens g-ourds, Le quincaillier tremblait pour sa progéniture.

Gomme la Montijo, quand on la couronna, Elles trouvaient des Cassagnac sous leur voiture. On ne peut écraser que le mufle qu'on a.

Depuis ces ans lointains de leur âg-e nubile, Peintes comme on repeint Les Noces de Cana, Elles se targuent de rester indélébiles.

Obstinément, leurs crins sont d'or fauve ou de jais,

En dépit de la couperose et de la bile

Qui s'infiltrent dans leurs appas décourag-és.

Leurs crevasses, comme d'un mur sans ravenelles, Attirent les galants de Nîmes ou d'Angers Que ne satisfait plus l'amour des péronnelles.

Maintes, pour redonner à leurs fanons pendants Quelque ragoût et pour égayer leurs prunelles, Se maquillent de cosmétiques abondants.

A l'heure du coifl*eur et de la camériste,

Elles s'implantent des cheveux, des seins, des dents

Et s'imbibent de sucs fournis par l'herboriste.

O nymphes de l'an mil huit cent soixante-sept, Vous de qui le printemps se conjugue à l'aoriste, Vous dont la gorge flotte en amont du corset,

AU PAYS DU MUFLE Sg

Restez jeunes! Tordez vos croupes sur les planches.

Du cantique d'Éros égrenez les versets

Et déshabillez-vous dans des étoffes blanches !

Prodig'uez, prodiguez les gemmes et les fards, Semez les lis, les boutons-d'or en avalanches : Et vous garde Cypris des blêmes nénuphars !

Ainsi perpétuant votre los historique,

Honneur de la province, orgueil des boulevards,

Vous durerez plus que le marbre ou que la brique.

Les nouveau-nés, bétail chéri du Petit Bleu^

Délecteront leur adolescence lubrique,

Dans vingt ans, rien qu'à voir l'ardeur de votre jeu .

Et quand nous descendrons la funèbre vallée Sans qu'ait tinté pour vous l'heure du couvre-feu, On vantera vos pâmoisons échevelées.

Telles vous possédez le suprême élixir,

Inconnu des Paracelses, des Apulées,

Philtre par qui se peut le Temps même adoucir.

Edulcorant pour vous xénie et ménippée,

Le monde vous sait gré — pourquoi? — de faire issir

Quelque chose des vers purgatifs de Goppée.

40 POÈMES ARIST0PHÀNESQUE8

D'avoir pris Jean Aicard, Jean Lahor, Jean Rameau, Tous les Jean de cervelle ou de gambe éclopée, Et de dire, en montrant leur fiole : Ecce homo!

Vous chanterez leurs vers aux races inconnues Qui vivront ignorant Jacquelin ou Momo, Mais qui ne cesseront de vous porter aux nues.

L'arrière-petit-fils du premier Richepin Dans ses pièces exhibera vos jambes nues Assumant le cothurne ou chaussant l'escarpin.

Et les Croisset d'alors vous feront voir au bain.

A Ernest Raynaud,

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