A OCTAVE GOURGUES
^^ES brises de la nuit modéraient leur haleine, Des cieux épanouis, descendait sur la plaine
La blanche clarté du matin ; Et les monts agitaient dans l'aube leur crinière De forêts; vers le sud, une étoile dernière
Brillait d'un éclat incertain.
Les deux rudes géants qui ferment la vallée ; Le Popocatépetl à la cime voilée
Par la fumée et les brouillards,
lii Li V^ll&e de Ténochtitlan,
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Des plus chatoyantes couleurs.
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IV îl ours jaunes: plus loin, une rivière rampe
Couiaie une couleuvre d*argent; LÀ. do beaux maïs verts balancent leur aigrette, LÀ. des cionres gréants au revers d'une crôte.
Sous le ciel clair, vont s'étageant.
Ici, de loues rideaux de schinus et d*érables, Bruissent; là. des bois de cyprès vénérables
Se remplissent de chants d'oiseaux; Et tout au loin, les lacs sableux que le vent moire Semblent des boucliers d'argent cerclés d'ivoire
Jetés au milieu des roseaux.
La Vallée de Ténochtitîan, 143
Vers l'ouest du plus grand des lacs, la blanche ville, Aztèque, Mexico, sur le fond bleu profile Le front de ses téocallis ;
A leurs pieds les palais, les maisons à terrasses, Se groupent entourant de grands jardins, des places. Des canaux de bateaux emplis.
Vers les points cardinaux, quatre larges chaussées Faites sur pilotis et de forts hérissées,
Rayonnent droit de Mexico ; Les villages coquets que le val environne A la « Perle des Eaux^ » forment une couronne
De Tlacopan à Tezcuco.
Le long des escaliers du temple, une cohue De prêtres, de seigneurs et de guerriers se rue
En immense procession; On la voit s'agiter, serpenter jusqti'au faîte Du massif monument, où quelque grande fête
Appelle la dévotion.
1 On surnommait ainsi Ténochitlan.
142 La Vallée de Ténochtitlan.
Et ristaccîhuati beau comme une vierge pâle,
Se doraient et prenaient des nuances d'opale,
Sous le soleil jetant ses dards.
Au milieu des sierras dressant leurs hautes cimes, La vallée entr'ouvrait ses fertiles abîmes
De forêts, de prés et de fleurs ; Entre les ravins noirs et les pentes boisées. Les plaines s'étalaient superbes, irisées
Des plus chatoyantes couleurs.
Ici, des agaves projettent une hampe
De fleurs jaunes; plus loin, une rivière rampe
Comme une couleuvre d'argent ; Là, de beaux maïs verts balancent leur aigrette, Là, des cierges géants au revers d'une crête,
Sous le ciel clair, vont s'étageant.
Ici, de longs rideaux de schinus et d'érables. Bruissant; là, des bois de cyprès vénérables
Se remplissent de chants d'oiseaux; Et tout au loin, les lacs sableux que le vent moire Semblent des boucliers d'argent cerclés d'ivoire
Jetés au milieu des roseaux.
La Vallée de Ténochtitîan, 143
Vers l'ouest du plus grand des lacs, la blanche ville, Aztèque, Mexico, sur le fond bleu profile Le front de ses téocallis ;
A leurs pieds les palais, les maisons à terrasses, Se groupent entourant de grands jardins, des places. Des canaux de bateaux emplis.
Vers les points cardinaux, quatre larges chaussées Faites sur pilotis et de forts hérissées,
Rayonnent droit de Mexico ; Les villages coquets que le val environne A la « Perle des Eaux^ » forment une couronne
De Tlacopan à Tezcuco.
Le long des escaliers du temple, une cohue De prêtres, de seigneurs et de guerriers se rue
En immense procession; On la voit s'agiter, serpenter jusqu'au fafte Du massif monument, où quelque grande fête
Appelle la dévotion.
^ On surnommait ainsi Ténochitlan.
144 La Vallée de Ténochtitlan.
Dans les vastes marchés où la foule se presse, Des milliers de marchands groupent avec adresse
Des fruits, des légumes divers :
Ananas et mameys * montés en pyramides, Zapotés noirs* ou blancs ', patates, arachides,
Tomates rouges, piments verts.
Des fillettes, bras nus, pétrissent des galettes De maïs; des sorciers offrent des amulettes
Et des miroirs ronds en métal ; Plus loin, de vieux guerriers exposent des esclaves Qui, le carcan au col, songent muets et graves
Aux beaux jours du pays natal.
Le Zapotèque étend ses fins tissus de soie Brodés de fils d'argent; le Miztèque déploie
Ses grosses toiles de coton ; L*Otomi célébrant sa fortune à la chasse, Montre un cerf mort et tend au promeneur qui passe
Des tatous au bout d'un bâton.
> Fruit d'un zapotillier (Lucuma mammosa).
' Fruit d'Un zapotillier (Diosjuros obtresifolia). 3 Fruit d'un zapotillier (Casimiroa edulis).
La Vallée de Ténochtitlan. 145
Les joailliers ont placé dans de luxueux vases Des bijoux en argent, des rubis, des topazes
Au délicat scintillement ; Des sculpteurs sur le sol étalent des idoles ; Des fondeurs de métaux vendent des babioles
D'un travail exquis et charmant.
Les carquois luxueux, les ornements en plumes, Les parfums, les tapis et les riches costumes
Tentent les chalands éblouis ; Chacun crie en vantant ses produits ; dans l'espace Les clameurs, les chants et les odeurs de la place
Montent en vols épanouis.
Les Juges des marchés, couverts de leurs insignes Président aux contrats ou perçoivent, très dignes.
L'impôt au profit du trésor.
Contrôlant la valeur des diverses monnaies :
Ronds de cuivre ou d'étain poinçonnés de deux raies.
Cacao sec et poudre d'or.
146 La Vallée de Ténochtitlan.
Près du temple érigeant sa pyramide fière,
Les seigneurs sont logés dans des maisons de pierre
Tout autour du palais des rois ; Sur les toits plats bordés de puissantes sculptures On voit de grands jardins ; d'éclatantes peintures
A fresque, couvrent les parois.
Non loin de leurs foyers, aux confins de la ville,
Les pécheurs accroupis lancent dans l'eau tranquille
Les longs filets ou le harpon * ; Leurs femmes,sur leur seuil, aux pieds des dieux pénates, Roulent des fils d'ixtlé ', tressent de souples nattes
Ou ravaudent quelque jupon.
S'avançant sur le lac qui de bateaux fourmille Les Mexis maraîchers demeurant en famille Sur de petits flots flottants.
1 Les pêcheurs mexicains se servent très adroitement — même pour de petits poissons, — d'un roseau armé de pointes longues et formant harpon.
» Ixtlé — fibre de l'agave.
La Vallée de Ténochtitlan. 147
Vendent aux riverains toutes sortes de plantes, Qu'ils cultivent autour de leurs huttes tremblantes Sous l'effort des flots palpitants.
Au front d'une hauteur, la montagne aux cigales ChapoltepetH , étend son palais dont les salles
Ont logé déjà plusieurs rois Au-dessus de son parc où des cyprès énormes Se dressent par milliers, chevelus, uniformes
Mêlant leurs branches et leurs voix.
A l'Est, un point brillant : Tezcuco, la savante Capitale des rois Acolhûas ; vivante
Et gaie au bord de son lac bleu Avec ses aqueducs, sa bibliothèque ample, Ses places, ses jardins et son superbe temple
« A l'Inconnu, le plus grand dieu 2. »
1 En aztèque : Chapolin : cigale ; tepetl : montagne.
2 Ce temple avait été consacré par Netzahualcoyotl le roipoôte de Tezcuco au dieu inconnu.
14a La Vallée de Tènochtitlan.
Plus loin, près d'un torrent roulant ses ondes claires, Au cœur d*une forêt de cèdres séculaires
Dort un palais : Tetzcutzinco.
Là, Netzahualcoyotl chanta sous les grands arbres ; Les nids et le torrent, la forêt et les marbres,
De ses vers ont gardé l'écho
Ah! chère Tezcuco, Tènochtitlan aimée.
Voici vos derniers jours : une puissante armée
D'étrangers, cruels ignorants.
Va saper vos vieux murs, votre gloire, et, dans l'ombre, Nous allons voir crouler vos merveilles sans nombre
Sous le pas lourd des Conquérants !
Mexico, Nocembre 1885.
MOTEUCZOMA XOCOYOTZIN