Avant-Propos
Ténochtitlan, organisée par les anciens chefs des tribus, eut onze rois de 1376 à sa chute : 1521.
1 Acamapichtli (1376-1396).
2 Huitzilihuitl (1396-1417).
3 Chimalpopoca (1417-1427).
4 Itzcoatl (1427-1440).
5 Moteuczoma Ilhuicamina (1440-1469),
6 AxayacatI [(1469-1481).
7 Tizoc (1481-1486).
8 Ahuizotl (1486-1502).
9 Moteuczoma Xocoyotzin (1502-1520).
10 Cuitlahuac (1520).
11 Cauhtémoc (1520-1521) ^.
En 1500, la puissance mexi était à son apogée ; la plupart des peuples dispersés dans le Mexique étaient alliés à Ténochtitlan ou lui payaient tribut; ses marchands allaient partout et partout pétaient respectés ; Moteuczoma Xocoyotzin avait d'immenses richesses, sa cour était fastueuse et son pouvoir presque illimité.
1 Garcia Cubas.
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Mais des prédictions sinistres, faites autrefois parle roi de Tezcuco, Netzahualpilli, commencent à circuler; des signes dans les cieux — une comète, présage de grands malheurs — annoncent qu'une catastrophe est proche, et, un jour, jour de deuil pour la monarchie aztèque, on apprend que les hommes blancs dont le prophète Quetzalcoatl avait prédit la venue ^ viennent de débarquer sur les côtes du golfe mexicain.
Grand émoi chez Moteuczoma ; sa sagesse, sa prudence, sa valeur, s'évanouissent devant ces étrangers redoutés, ces dieux blancs qui doivent, d'après les prédictions, le renverser de son trône. 11 se laisse abattre par la peur ; fataliste, il renonce à se défendre contre la volonté des dieux ; presque sans résistance, il tolère que Fernand Cortez et les Castillans envahissent son empire, puis sa capitale.
Trompé par Cortez, qui abuse de son effroi, de
> Cette prédiction fut faite chez les Toltèques, plusieurs siècles auparavant, par ce Quetzalcoatl que quelques historiens croient être un missionnaire chrétien arrivé, on ne sait comment, dans le Nouveau-Monde. Il y vint vers l'an 1000, puis disparut subitement et fut déifié.
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son amitié, il est fait prisonnier — par surprise — dans son propre palais, et les hommes blancs gouvernent à sa place.
Mais le peuple de Ténochtitlan, outré de la condescendance de son roi envers ses gedliers, se révolte contre lui : Moteuczoma tente d'apaiser les rebelles ; efforts inutiles ! les Aztèques dirigent leurs armes contre lui, et, frappé d'une pierre au front, il se renverse ensanglanté entre les bras d'un soldat espagnol.
Il meurt en se repentant de sa faiblesse envers les étrangers, dont il comprend trop tard la perfidie et les sinistres projets.
Cuitlahuac, son successeur au trône aztèque, chasse de Ténochtîtlan les Espagnols avec leurs alliés et leur livre bataille dans les champs d'Otompan. Ses débuts sont glorieux ; mais il meurt après quelques mois de règne. Un jeune homme de vingtcinq ans, Cauhtémoc, ou Cuauhtémoctzin, lui succède et combat valeureusement contre les envahisseurs. Assiégé dans Ténochtîtlan, malj(ré la famine et la peste, il résiste pendant soixante-quinze jours
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etdéfend glorieusement sa ville, maison par maison^ mur par mur, pierre par pierre...
Quand il tombe au pouvoir de Cortez, avec une poignée de guerriers, — les derniers Aztèques — Ténochtitlan est entièrement détruite, et plus de deux cent mille cadavres mexis pourrissent sous se» décombres (13 août 1521)...
Cortez fit raser la capitale aztèque, il en combla les canaux, puis, aux lieux mêmes où elle existait,, il jeta les fondations de la moderne Mexico.
La monarchie aztèque avait duré deux siècles ;. la glorieuse défense de Ténochtitlan clèt dignement les annales d'un peuple, — sanguinaire, sans doute, mais vaillant.
Les soldats espagnols, dont la cupidité s'était bercée de folles espérances, virent leur attente déçue : ils ne trouvèrent point le trésor des rois mexis; il demeura enseveli avec leurs dieux sous les ruines de leur capitale.
En vain, mirent-ils Cauhtémoc à la question ; le brave guerrier résista aux menaces, aux tourments,, et ne leur répondit que par le mépris.
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Trois ans après la chute de Ténochtitlan, Cortez, à qui la popularité de Cauhtémoc, sa valeur et son héroïsme portaient ombrage), prit prétexte d'un complot imaginaire et, pendant une expédition qu'il menait à Honduras, il fit étrangler l'infortuné captif en compagnie du roi de Tabuca, à Inzancanac (Etat de Tabasco).
Ainsi finit par un crime inutile de Cortez le dernier des monarques aztèques et avec lui s'éteignît la valeur de sa race.
Ceux de ses sujets que la guerre, la famine, la peste, avaient épargnés se confondirent avec les autres nations du Mexique, et cette race mixte fut désignée sous le nom d'Indiens ^ Mais, avec leur indépendance^ sombrèrent à tout jamais leur génie propre, leur civilisation, ils ne furent plus qu'un
1 Ce nom d'Indiens donné aux Indigènes de l'Amérique vient de ce que Christophe Colomb appela le Nouveau- Monde Indes occidentales, croyant que ce continent se rattachait aux Indes asiatiques.
Les Indiens sont encore, au Mexique, au nombre de 3.970.000; la population totale du pays en comptant les blancs et les sang-môlé est de ,11.500.000 habitants (1890), 15.000.000 (1906).
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peuple passif de mineurs, d'ouvriers et de cultivateurs.
Un éclair de leur antique vaillance embrasa leur cœur en 1810 et, à la suite du prêtre Hidalgo, ils jetèrent le cri de liberté qui en 1821, après des luttes terribles, affranchit le Mexique de la tutelle espagnole.
Depuis, sous le gouvernement des Mexicains blancs ou de sang-mélé, les Indiens ont continué à croupir dans Tignorance, quoique la très grande majorité d'entre eux soit digne d'un meilleur sort. La paix dont jouit actuellement la République mexicaine, la voie de prospérité où elle est entrée sous la main ferme du président Porfîrio Diaz ont déjà permis de faire quelque chose pour ce peuple déshérité. L'avenir, peut-être, pourra faire plus encore...
11 est souverainement injuste d'attribuer à Fernand Cortez et à la poignée d'aventuriers qui l'accompagnaient toute la gloire de la conquête du Mexique.
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« macahuitl », sorte de sabre en bois hérissé de tranchants morceaux d'obsidienne, la lance, le javelot, la fronde, l'arc et les flèches à pointes d'obsidienne ou de silex.
Ils avaient pour armes défensives, de légères cuirasses de coton propres à arrêter les flèches, des casques en bois ou en peaux d'animaux, et le « chimali », petit bouclier qu'ils maniaient avec adresse.
Le fer leur étant inconnu, ils le remplaçaient par le cuivre en ses diverses applications.
Ils n'avaient aucune bête de somme.
Les peuples du Mexique asservis par les Espagnols , les Aztèques tout particulièrement , n'étaient point des barbares ; leur religion était certes très sanguinaire, leurs coutumes, en temps de guerre, cruelles au possible» mais ils avaient pourtant fait de notables progrès dans la voie de la civilisation.
Leurs mœurs domestiques étaient singulièrement
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douces et policées; leurs lois étaient remarquables; la poésie, chez eux, était en honneur, leurs peintures et leurs sculptures sont fort belles * ; enfin, ils étaient parvenus à un incroyable degré de perfection dans les arts mécaniques et surtout dans la science astronomique^.
Leur cruauté a été considérablement exagérée par certains historiens espagnols : « les évaluations de ceux-ci, dit le vénérable évéque Las Casas, sont des évaluations de brigands qui cherchent une apologie ou une excuse pour leurs propres atrocités 3. »
Et, de fait, les crimes inutiles, les massacres commis par les Castillans pendant et après la conquête du Mexique, forcent l'historien impartial à ne pas traiter trop souvent de barbares les malheu-
1 Leurs scupltures sont d'autant plus remarquables qu'ils n'avaient que des outils tendres — en bronze — h leur disposition et qu'ils s'attaquaient à des pierres dures, les basaltes, les porphyres. Ils taillaient même des pierres fines telles que l'émeraude.
'^ Leur merveilleux calendrier le prouve.
3 « Horribles crueldades de los Espaûoles ».
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reux idolâtres que les Chrétiens égorgeaient avec si peu de scrupules à Cholula, à Ténochtitlan et ailleurs.
Malheureusement pour le savoir humain, toutes les découvertes des peuples américains disparurent dans le grand naufrage de leurs libertés.
Les conquérants illettrés , les prêtres et les moines fanatiques , le premier archevêque de Mexico, Zumarraga, à leur tête, détruisirent avec un acharnement inqualifiable les manuscrits, les peintures hiéroglyphiques, les idoles, les monuments, tout ce qui pouvait rappeler aux vaincus leurs dieux et leur grandeur d'autrefois.
Que de secrets, que de choses curieuses, que de découvertes se perdirent ainsi !
Le voile mystérieux qui enveloppe le passé du Mexique aurait été déchiré , sans doute , si , au lieu de quelques rares manuscrits, les Sahagun^ les Boturini, les Clavigero, les Ramirez et tant d'autres savants avaient pu consulter les bibliothèques de Ténochtitlan, les riches archives de Tezcuco !
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Hélas! ne doit-on pas se demander avec Prescott, devant ce vandalisme, « qael était le plus sauvage du vainqueur ou du vaincu^ ? »
L'auteur des Poèmes Aztèques a divisé THistoire des Mexis en quatre parties : Les Légendes, les Mexis, la Conquête, les Ruines.
La brève étude qui précède était nécessaire pour le lecteur qui n'aurait que des notions trop vagues sur les Aztèques et leur passé.
L'auteur a étudié son sujet aux sources les plus autorisées anciennes et modernes : les lettres de Cortez, la relation de Bernai Diaz del Castillo, les œuvres de Sahagun, de Torquemada, de Duran, de Veytia, de Clavigero, et de Chavero. Il croit n'avoir pas avancé un fait qu'il ne puisse appuyer de la déclaration de quelque auteur apprécié.
Si, parfois, il se montre partial, en apparence ; s'il semble injuste pour les Conquérants, c'est qu'il croit en toute sincérité, après avoir pesé les hauts
I Histoire de la Conquête du Mexique (IntroducUon).
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faits et les iniquités des Espagnols, qu'on montre en général trop d'admiration pour les vainqueurs^ trop do dédain pour les vaincus. Poète, il s'intéresse plus aux vaincus héroïques qu'aux vainqueurs qu'une chance constante favorise, et il donne la palme à ceux-îà.
Ces poèmes auront-ils une utilité quelconque au point de vue de l'archéologie ou de l'histoire ?
Assurément non ; ils n'y sauraient prétendre.
Dans les ruines de Palenqué, de Mitla, de Xochi calco, de Papantla, de petites mousses harraoni- . sent leurs teintes grises et vertes au pied des palmiers et des cèdres qui s'élancent vers les cieux entre deux portiques ou sur les flancs d'une pyramide, parmi les porphyres et les basaltes brisés.
Les œuvres des Prescott, des Humboldt et des Chavero sont ces arbres géants ; à leur base, au milieu des mousses^ l'auteur des Poèmes Aztèques a cueilli quelques fleurettes très humbles sans doute, et il les a réunies un peu au hasard.
Il appartient au lecteur de les dédaigner ou de les respirer un moment.
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Elles se sont ouvertes au soleil, elles ont donné leur atome de couleur et de parfum, elles peuvent à présent se faner
P. S. — Je croirais manquer aux devoirs de la gratitude si je ne remerciais pas ici M. E. Eugène Goupil et M. Eugène Boban, qui ont bien voulu s'intéresser è cette œuvre et m'encourager h sa publication. Leur modestie me pardonnera, j'espère, ce témoignage public que la reconnaissance m'impose.
Auguste Génin.
Avertissement aux Lecteurs :
Les noms aztèques présentent souvent les diphtongues telles que uau, ui, ua, etc. Ces diphtongues ne souffrent point la diérèse, les lettres différentes doivent s'en prononcer simultanément, Ex : Cuitlahuac, huiplle, Ilhuicamina se prononcèrent :
Cui — tla — huac, hui — pi — le, Il — hui — ca — mi — na, etc., etc.
La lettre u dans les mots aztèques et espagnols se prononce ou, et le son in, ine; ex. : Cuitlahuac se prononcera Couitlahouac, Xocoyotzin : XocoyotziNE.