A JUSTO SIERRA
II. Técpatl (1520) Cauhtémoc est nommé successeur de Cuitlahuac.
(Chroniques.)
l' APPARAIS dans un temps de guerres, Dans des jours de deuil et d'effroi ; Humble fils de glorieux pères, En butte aux divines colères, Je suis un vaincu plus qu'un roi.
O dieux ! que nous sert le courage !
Vous protégez nos ennemis ;
En vain, nous luttons pleins de rage, Dans notre ciel gronde l'orage, La nuit approche et je frémis
La Chanson de Cauhtémoc. Wt
Je frémis pour ma vieille race.
Pour mon peuple déshérité, L'adverse destin me terrasse, Mais je sais quel devoir me trace Ton saint amour, ô Liberté !
Pour mon front, bien lourde est la tâche.
Pourtant, je la supporterai;
Nul ne pourra dire : « Il fut lâche ! »
Je veux espérer sans relâche,
Sans relâche je lutterai !
Je m'offre, ô dieux ! comme victime Pour apaiser votre courroux :
Mon sacrifice est légitime, Acceptez mon offrande ultime.
Et que mon peuple soit absous.
Ténochtitian, cette heure est sombre ; Notre avenir est douloureux :
Nos ennemis ayant le nombre, Il se peut que le bon droit sombre.
Mais, tu t'écrouleras sur eux :
908 La Chanson de Caukténioc.
Après les suprêmes batailles, Quand nos flancs n'auront -plus de cris, Soulève, d'un bond, tes murailles.
Enterre-nous dans tes entrailles, Ecrase-les sous tes débris !
Après notre défaite altière, O ville-reine d'autrefois. Dans ton lac, tombe tout entière, Et, garde comme un cimetière Ton peuple, tes dieux et tes rois !
Mexico, Décembre 1886,