‹ Poèmes aztéquesChapitre 28 sur 34 · A GUSTAVE ALBERT MONTAUDON · texte numérisé non relu

A GUSTAVE ALBERT MONTAUDON

On mit Cuatemotzin à la torture, mais le héros qui avait, vu la mort sous ses formes les plus terribles n'était pas homme à se laisser intimider par les souffrances physiques. Le roi de Tlacopan qu'on torturait en même temps que lui se laissa arracher de< plaintes par la douleur. Cuatemotzin le réprimanda et lui dit avec le plus grand sang-froid : — « Et moi, suîs-je donc à jouir des délices du bain ?... »

Prescott, Orozco y Berra, etc.

li^PRÈs tant de combats et de si grands efforts, Les soldats de Cortëz sont déçus : Les décombres De la ville détruite ont gardé les trésors Des monarques Mexis. Les mécontents très sombres Pensent qu'à leurs dépens on a commis un dol; Ils pèsent leur butin, ils comptent leurs blessures : Auront-ils donc versé leur bon sang espagnol

Torture de Cauhtémoc. 2*21

Pour obtenir si peu, malgré tant d'aventures ? Où donc est le butin convoité maintes fois :

Les vêtements des dieux couverts d'orfèvreries, Les mitres d'argent fin, orgueil des anciens rois, Les monceaux de joyaux, les tas de pierreries?...

On conte dans le camp que le chef des Mexis A jeté dans le lac ces immenses richesses ; Pour chercher, on ne sait, hélas ! rien de précis. Sur le roi prisonnier, menaces et caresses Demeurent sans effet. — « Si vous voulez mon sang, Versez-le, leur dit-il, joyeux je vous le livre ; Malintzin *, prends ta dague et me perce le flanc ; Puisque je suis vaincu, je n'ai plus droit de vivre.. Ce que vous avez pris n'est donc pas suffisant! Qu'ai-je encore qui puisse exciter votre envie ? Mes vêtements royaux?... prenez... j'en fais présent A celui qui voudra m'afTranchir de la vie ! » ..

— « Où sont tous tes trésors?... réponds-nous, mauvais cliioii ! Où les as-tu cachés ? crie un soldat farouche ;

I Surnom aue les Aztèques donnaient ft Cortèz.

H'2 Tortura d« Ca^nhlèinoe.

La question eu feu. sur rkevre, saoïa bien Te délier la lancrue et t'entr^ooTiir la bouche

Les soldais ont saisi Caiihftémoc et le roi De Tlacopaa ; Cortèz a permis leur sapplîce ; Mais sur leur fier visage on ne Toit point d'efiFroi: On brisera leur corps sans que leur cœur faiblisse.

Sous leurs pieds nus. bientôt, les bourreaux castillans F^ntassent les tisons et Tétoape enflammée :

Sur leur chair, qui se fend, on Terse, à flots bouillants De rhuile : l'air s'emplit d'une infecte fumée.

— « Révélez-nous l'endroit ou gisent les trésors, » Disent les Espagnols. Les deux martyrs, très pâles, Souffrent horriblement ; malgré tous leurs efforts Pour ne point se montrer faibles, quelques longs râles

S'échappent de leurs flancs un soupir contenu

Par instants, répond seul aux bourreaux pleins de rage; Et rhuile^ sans répit, ronge leurs nerfs à nu ; Le voile du trépas s'étend sur leur visage.

Torture de Cauhtémoc. 223

On les ranime encor ; leur atroce douleur Augmente ; des fragments de chair tombent par croûtes; Ils se tordent pareils à des vers ; la sueur D'angoisse, sur leurs fronts, perle par grosses gouttes.

Les soldats se lassaient de meurtrir ces héros, Quand le roi Tétlépan clama : — « Seigneur ! j'expire, Je souffre trop, j'ai soif, j'entends craquer mes os, Parlez, maître, prenez pitié de mon martyre I »...

— a Tais-toi, dit Cauhtémoc, meurs ainsi que je meurs. Sans un mot, sans un cri, dédaigneux des supplices ; Ami, me crois-tu donc étendu sur des fleurs.

Ou savourant au bain d'ineffables délices? »

Le trésor des Mexis est perdu Les soldats

De Cortèz vainement ont épuisé leur rage :

Cauhtémoc les défie et ne leur répond pas.

Et le roi Tétlépan expire avec courage

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