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LES RACES PERDUES

A ALEXANDRE MAYEU

Le Mexique s'est peuplé par des émigrations venues du Nord, par l'Ouest, de l'Asie ; par l'Est, de l'Atlantide.

Les premières races dont parlent les traditions sont les Otonques ou Otomis ; ensuite, viennent les Mayas, les Nahoas, les Xicalans, les Mixtèques puis les Toltèques et enfin les Aztèques,

Ces peuples divers se mêlèrent aux races autochtones.

(Traditions.)

On ne sait à quelles races attribuer la plupart des monuments dont les ruines jonchent le Mexique. Des races, des peuples — races puissantes, peuples nombreux, avancés en civilisation ainsi que l'attestent leurs ruines — ont disparu sans même laisser un nom, sont morts sans faire un signe.

Prescott. (Origines de la civilisation mexicaine.)

'u Nord du monde — ainsi que l'on voit d'une source S'épancher des ruisseaux — sans cesse on voit sortir Des générations. Elles prennent leur course Vers le Sud où la nuit devra les engloutir.

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De môme, le ruisseau grandit et devient fleuve ; Fil d'argent au départ, il coule calme et clair, Réfléchit les roseaux, et le faon qui s'abreuve. Puis se trouble et s'en va se perdre dans la mer.

Tribus après tribus, des plages très lointaines Viennent, touchent le Nord, regardent et s'en vont — Souffrant d'un besoin vague — à travers monts et plaines. D'un pas lassé toujours et toujours vagabonda

Voici d'abord, traînant leurs masses monotones Les fils de l'Atlantide ; ils brisent les géants. Se mêlent lentement aux peuples autochtones.

Et, craintifs, semblent fuir les bords des océans K

Ils sont passés... au loin, s'avancent sur leurs traces Les Otomis qui sont nés sur un autre bord.

Mais vont au même but ; ils engendrent deux races Et s'épanchent au sud, laissant désert le nord«

1 Chassés du pays natal par une inondation, les Atlantes devaient craindre, sans doute, les mers et vivre de préférence sur les hauts plateaux. Plusieurs races ont agi - de même.

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Puis viennent les Mayas ; les familles Mixtèques ; Les Nahoas hardis ; leurs fils, les Xicalans ; Les Oimèques; enfin, les tribus des Toltèques Doux comme les Mayas et, comme eux, opulents.

D'où naissent ces reflux d'hommes accrus sans cesse? Quel continent vomit ces peuples d'émigrants ? Quel instinctif besoin, quelle étrange sagesse Pousse, arrête et confond leurs flots longtemps errants ?

Ceux-ci viennent d'Asie, ils ont touché les îles Qui s'égrènent au nord brumeux de l'univers ; Ceux-là pensent encor à leurs antiques villes Détruites en un jour par la fureur des mers.

Les uns ont habité des rivages de glace ; Des pays merveilleux les autres sont venus ; Tous, ont le souvenir d'une époque où leur race Grandit et fut puissante en des lieux inconnus.

Pour dieux, ils ont le feu, le jour, le vent, un astre Et pour point de départ quelque accident fatal Survenu brusquement ; quelque sombre désastre Qui les force à quitter, en pleurs, le sol natal.

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Combien ont-ils vécu? qu'ont-ils fait sur la terre? On l'ignore... la nuit a couvert ce passé ; L'Histoire voit un gouffre et ne peut que se taire Devant cet âge entier de son livre effacé.

glaciers éternels ! ô vieux monts de porphyre ! Lacs de liquide azur où le ciel pur se mire

Bleu le matin, rouge le soir, Quand le soleil couchant vermillonne l'espace ; Bosquets dont chaque branche au colibri qui passe,

Tend sa fleur comme un encensoir ;

Déserts, qui côtoyez l'océan Pacifique; Pampas, qui nourrissez sous les feux du tropique

Vos grands bisons et vos élans ; Plaines où le sel gris met ses efflorescences; Forêts, qui nous cachez tant de magnificences ;

Fleuves aux flots étincelants ;

Vallons, où les palmiers dressent leurs fronts superbes. Et dominent, pensifs, les grands océans d'herbes Où viennent paître les tapirs ;

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Torrents qui fracassez tout sur votre passage ; O golfe ! golfe bleu qui jettes au rivage

Tes chants ou tes rauques soupirs !

Quels furent les premiers Iiumains qui contemplèrent Vos merveilles? parlez, de quels noms s'appelèrent

Autrefois les peuples nombreux Qui dans la nuit des temps, ont semé leurs poussières ; Quelles races suivaient les races devancières?

Quel était leur but ténébreux ?

Vous ne répondez pas !... Des hommes innombrables, O plages ! ont foulé vos galets et vos sables

Et franchi vos cimes, ô monts !

Forêts, ils ont troué vos voûtes solennelles; terre ! ils ont sucé le lait de tes mamelles,

Et vous ne savez plus leurs noms!...

douleur! c'est en vain que les hommes entassent Les temples,les palais; quand vientleurtempsilspassent,

Et leurs travaux les plus parfaits Ne sont plus que des tas sinistres de ruines Qui gardent le secret profond des origines

Des peuples morts qui les ont faits.

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Des cœurs se sont aimés, cœurs d'amants, cœurs de mères ! Des guerriers sont tombés sous de folles colères

Après quelque combat géant ; Qu'importe ! hélas ! la mort qui fait naître les roses, L'amour qui les respire, ainsi que toutes choses

Ont un but fatal : le néant !

Non!... tu revis de nous, ô Nature éternelle ! Ta main, ta main féconde, incessamment nivelle

La terre sur les temps finis ; Sur les vieux monuments tu verses le silence. Mais de la ville en cendre une forêt s'élance

Et ses rameaux sont pleins de nids...

Sur les Tchèques morts, le pays volcanique D'Anahuac, voit venir les émigrants Mexis ; Ils sortent de la nuit du temps préhistorique, Comme l'aube apparaît dans le ciel indécis.

Mexico, 1888.

LES MEXIS

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