‹ Poèmes barbaresChapitre 15 sur 66 · I.E RUNOÎA · texte numérisé non relu

I.E RUNOÎA

O neiges, qui tombez du ciel inépuisable. Houles des hautes mers, qui blanchissez le sable. Vents qui tourbillonnez sur les caps, dans les bois, Et qui multipliez en lamentables voix.

Par delà l'horizon des steppes infinies. Le retentissement des mornes harmonies!

Montagnes, que mon souffle a fait germer ; torrents. Où s'étanche la soif de mes peuples errants; Vous, fleuves, échappés des assises polaires. Qui roulez à grand bruit sons les pins séculaires; Et vous. Vierges, dansant sur la courbe des deux. Filles des claires nuits, si belles à mes yeux, Otawas ! qui versez de vos urnes dorées La rosée et la vie aux plaines altérées ! Et vous, brises du jour, qui bercez les bonleauT.; ^ous. îles, qui flottez sur l'écume des eaux; Et vous, noirs étalons, ours des gorges profonds^. Loups qui hurlez, élans aux courses vagabonde^l Et vous, brouillards d'hiver, et vous, brèves dar.és.

Qjii flamboyez une heure au front d'or des étésl Tous! venez tous, enfants de ma pensée austère, Forces, grâces, splendeurs du ciel et de la terre ; Dites-moi si mon cœur est près de se tarir : Monde que j'ai conçu, dis-moi s'il faut mourir 1

l'enfant.

La neige que l'orage en lourdes nappes fouette

Sur la côte glacée est à jamais muette.

Les clameurs de la mer ne te diront plus rîen.

La nuit est sans oreille, et sur le cap ancien,

Le vent emporte, avec l'écume dispersée.

Comme un écho perdu ta parole insensée.

Les fleuves et les monts n'entendent plus ta voix ;

Tout l'univers, aveugle et stupide à la fois.

Roule comme un cadavre aux steppes de l'espace.

J'ai pris l'âme du monde, et sa force et sa grâce;

Et pour l'homme et pour toi, triste et vieux dans ta toij

La nature divine est morte sans retour.

les runoïas.

O Roi, que tardes-tu? Nos mains sont enchaînées Par des liens plus forts que le poids des années. Brise l'enchantement qui nous tient asservis, Et nous écraserons l'Enfant sur le parvis. O Roi, parle 1 ou du moins, si ta langue est liée, Médite en ton esprit la science oubliée ; Et, pour nous arracher à nos doutes amers, Grave les Runas d'or qui règlent l'univers 1

LE ROSOIA. 91

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