LE UASSACRE DE MOKA
Les uns tordant leurs bras noueux comme des fouets. Ceux-ci contre leur sein courbant leurs fronts muets Et d'autres exhalant des plaintes étouffées. Innombrables, les Dieux maies avec les Fées, Ils venaient, ils venaient par nuages s'asseoir Sur les sommets aig^s et sur le sable noir; Et, voyant affluer leurs masses vagabondes, L'Esprit souffla de joie en ses conques profondes.
Sur le rivage bas, enclos de toutes parts De rochers lourds, moussus, étages en remparts. Où le flot séculaire a creusé de longs porches. Autour d'un bloc cubique on a planté neuf torches; Et la lueur sinistre ensanglante l'autel Et la mer et la sombre immensité du ciel. Et parfois se répand, au vent qui la déroule. Comme une rouge écume au travers de la foule.
Les Bardes sont debout dans leurs sayons rayés. Aux harjjes de granit les deux bras appuyés. A leurs reins pend la Rhote et luit le large glaive. La touffe de cheveux qu'une écorce relève. Flotte, signe héroïque, au crâne large et rond. Avec la plume d'aigle et celle du héron. Les Ovates, vêtus de noir, et les Evhages Portant haches de pierre et durs penn-baz sauvages. Pieds nus, poignets ornés d'anneaux de cuivre roux. Et le front ombragé d'une tresse de boax.
Il6 POÈMES BARBARES.
De leurs bras musculeux pressant leur sein robuste, Gardent le Chef sacré, le Pur, le Saint, l'Auguste, • Couronné par Gwiddonn du rameau toujours vert. Celui qui, de sa robe aux longs plis blancs couvert, Vénérable, aussi fort qu'un vieil arbre, aussi ferme Qu'une pierre, au milieu du cercle qui l'enferme. D'un siècle sans ployer porte le lourd fardeau. Sous d'épais cheveux noirs ruisselant d'un bandeau De verveine enlacée aux blanches primevères. Près de lui, le front haut, grande, les }'eux sévères. Voici, dans sa tunique ouverte sur le sein, La pâle Uheldeda, prophétesse de Sein.
Agrafée à son flanc de vierge, nue, et telle Qu'un éclair, resplendit la Faucille immortelle. Elle tient, de son bras nerveux, au beau contour, Le vase toujours plein de l'onde Azewladour; Et, derrière leur reine et leur sœur, huit prêtresses, Dans la brume des nuits laissant flotter leurs tresses, Portent des pins flambants que le vent fouette en vain, Autour de l'Arche d'or où gît le Gui divin.
Donc, cette foule étant, avec la multitude Des Dieux, silencieuse en cette solitude, Tandis que par l'orage et sur les vastes eaux Montait le dernier cri des nocturnes oiseaux, Le Chef sacerdotal versa, selon le rite, La libation d'eau par Hu-ar-braz prescrite. En un feu de bois sec et de vert romarin