‹ Poèmes barbaresChapitre 22 sur 66 · LE MASSACRE DE XOXA. II · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DE XOXA. II

Dont l'odeur s'épandit sur le sable marin ; Et, d'une voix semblable au murmxire des chênes, n dit : — Monte, fumée, aux étoiles prochaines! — Le Très-Sage, debout sur l'autel de granit. Aspergea d'un rameau la foule et la bénit; Puis il reprit, montrant la plage solitaire:

— Voici Mona, voici l'enceinte de la terre! Et, par la nuit sans borne et le ciel haletant. L'humanité m'écoute et le monde m'entend. Une voix a parlé dans les temps; que dit-elle? Qu'enseigne à l'homme pur la Parole immortelle? Voici ce qu'elle dit : J'étais en germe, clos Dans le creux réservoir où dormaient les neuf Flots, Et Dylan me tenait sur ses genoux énormes. Quand au soleil d'été je naquis des neuf Formes : De l'argile terrestre et du feu primitif, Du fruit des fruits, de l'air et des tiges de l'if. Des joncs du lac tranquille et des fleurs de l'arbuste. Et de l'ortie aiguë et du chêne robuste. Le Purificateur m'a brûlé sur l'autel.

Et j'ai connu la mort avant d'être immortel. Et dans l'aube et la nuit j'ai fait les trois Voyages, Marqué du triple sceau par le Sage des sages. Or, serpent tacheté, j'ai rampé sur les monts; Crabe, j'ai fait mon nid dans les verts goémons; Pasteur, j'ai vu mes bœufs paître dans les vallées. Tandis que je lisais aux tentes étoilées;

Il8 POÈMES BAKliARES.

J'ai fui vers le couchant; j'ai prié, combattu; J'ai gravi d'astre en astre et de vice en vertu, Emportant le fardeau des angoisses utiles ; J'ai vu cent continents, j'ai dormi dans cent îles, ■ Et voici que je suis plein d'innombrables jours. Devant grandir sans cesse et m'élever toujours ! Que dit encor la Voix à la race du Chêne? Voici ce qu'elle dit : La flamme au feu s'enchaîne, Et l'échelle sans iin, sur son double versant. Voit tout ce qui gravit et tout ce qui descend Vers la paix lumineuse ou dans la nuit immense. Et l'un pouvant déchoir quand l'autre recommence. Erinn, Kambrie, Armor, Mona, terre des Purs, Entendez-moi : c'est l'heure, et les siècles sont mûrs.-

D'un sourcil vénérable abritant sa paupière,

Le Très-Sage se tut sur la table de pierre.

Il étendit les bras vers l'orage des cieux.

Puis il resta debout, droit et silencieux;

Et sur le front du cercle immobile, une haleine,

Faible et triste, monta, qui murmurait à peine,

Souffle respectueux de la foule. Et voilà

Qu'une vibration soudaine s'exhala,

Et qu'un Barde, ébranlant la harpe qu'il embrasse,

Chanta sous le ciel noir l'histoire de sa race.

Hu-Gadarnl dont la tempe est ceinte d'un éclair! Régulateur du ciel, dont l'aile d'or fend l'air 1

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