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LE MASSACRE DE MONA

Et VOUS, chanteurs anciens, chefs des harpes bardiques. Qu'au pays de l'Été, sur les monts fatidiques. Les clans qui ne sont plus ont écoutés souvent Livrer votre barmonie au vol joyeux du vent! Versez-moi votre souffle, ô chanteurs que j'honore, £t parlez à vos fils par ma bouche sonore. Car voici que l'Esprit m'emporte au temps lointain Où la race des Purs vit le premier matin.

O jeunesse du monde, ô beauté de la terre. Verdeur des monts sacrés, flamme antique des cîeax, Et toi. Lac du soleil, où, comme nos aïeux, L'àme qui se souvient plonge et se désaltère. Salut! Les siècles morts renaissent sous mes yeux. Les voici, rayonnants ou sombres, dans la gloire Ou dans l'orage, pleins de joie ou pleins de bruit. De ce vivant cortège évoqué de la nuit Que les premiers sont beaux ! Mais que la nue est noire Sous le déroulement sinistre qui les suit!

Les grandes Eaux luisaient, transparentes et vierges. Plus haut que l'univers, entre les neuf Sommets; Avec un noble chant qui ne cessait jamais. Vives, elles sonnaient contre leurs vastes berges. Et dans ce lit, Gadarn ! toi, tu les comprimais. La lumière baignait au loin leurs belles lignes Où des rosiers géants rougissaient dans l'air bleu; De tout lotus ouvert sortait un jeune Dieu;

Les brises qui gonflaient l'aile blanche des cygnes Suspendaient à leurs cous l'onde en colliers de feu.

Sous le magique azur aux profondeurs sublimes, Couché dans son palais de nacre, et les yeux clos, Le roi Dylan dormait au bercement des flots ; Et ses fils, émergeant du creux des clairs abîmes. Venaient rire au soleil dans l'herbe des ilôts. Et l'homme était heureux sur la face du monde ; La voix de son bonheur berçait la paix du ciel ; Et, d'un essor égal, dans le cercle éternel, Les âmes, délaissant la ruche trop féconde. Aux fleurs de l'infini puisaient un nouveau mieU

Ainsi multipliaient les races fortunées ;

Et la terre était bonne, et douce était la mort.

Car ceux qu'elle appelait la goûtaient sans remord.

Mais quand ce premier jour eut compté mille années.

Une main agita l'urne noire du sort.

Le vieux dragon Avank, travaillé par l'envie.

Aux sept têtes, aux sept becs d'aigle, aux dents de fer,

Aux yeux de braise, au souffle aussi froid que l'hiver,

Sortit de son dolmenn et contempla la vie.

Et, furieux, mordit les digues de la mer.

Cent longues nuits durant, la Béte horrible et lâche, Oubliant le sommeil et désertant son nid.

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