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LE MASSACRE DE MONA

Rongea les blocs épais, secoua, désunit,

Et fit tant, de la griffe et du bec, sans relâche,

Qu'elle effondra l'immense et solide granit.

L'eau croula du milieu des montagnes trouées

Par nappes et torrents sur le jeune univers

Qui riait et chantait sous les feuillages verts ;

Et l'écume, du choc, rejaillit en nuées.

Et les cieux éclatants depuis en sont couverts.

Le Lac des lacs noya les vallons et les plaines; Il rugit à travers la profondeur des bois Où les grands animaux tournoyaient aux abois. L'onde effitça la terre, et les races humaines Virent le ciel ancien pour la dernière fois. Les astres qui doraient l'étendue éclatante, Eux-mêmes, palpitant comme des yeux en pleurs. Regardèrent plus haut vers des mondes meilleurs L'ombre se déploya comme une lourde tente D'où sortit le sanglot des suprêmes douleurs.

Et le Dragon, du haut d'un roc inébranlable, Tout joyeux de son œuvre et du crime accompli. Maudit l'univers mort et l'homme enseveli. Disant : — Hors moi, l'Avank, qui suis impérissable. Les heureux sont couchés dans l'éternel oubli ! — Mais voici qu'au-dessus de l'océan sans bornes Flottait la vaste Nef par qui tout est vivant ; Rejetant la vapeur de leurs mufles au vent,

Les deux bœufs de Névèz la traînaient de leurs corne Et les flots mugissaient d'aise en la poursuivant.

Or, quand l'Avank les vit qui nageaient vers son faîte,

Consumé de sa haine impuissante, il souffla

Un ouragan de bave et de flamme, et voilà

Que, se crevant les yeux qui voyaient sa défaite,

Dans le gouffre écumant et sanglant il roula.

Et le soleil sécha l'humide solitude

Où de chaudes vapeurs sortaient en tourbillonî

Des cadavres de l'homme et des chairs des lions.

Puis, mille ans; et l'immense et jeune multitude

Envahit de nouveau montagnes et vallons.

Mais la terre était triste, et l'humanité sombre

Se retournait toujours vers les siècles joyeux

Où s'était exhalé l'esprit de ses aïeux :

Le morne souvenir la couvrit de son ombre.

Et la race des Purs désira d'autres cieux.

Une nuit, l'Occident, plein d'appels prophétiques.

S'embrasa tout à coup d'une longue clarté.

Ce fut l'heure ! Et, depuis, nos pères t'ont quitté,

Sol où l'homme a germé, berceau des clans antiques.

Demeure des heureux, ô Pays de l'Été !

Vieillards, bardes, guerriers, enfants, femmes en larme.» L'innombrable tribu partit, ceignant ses flancs.

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