LE XASSACRE DE MONA. I
Avec tentes et chars et les troupeaux beuglants; Au passage, entaillant le granit de ses armes, Rougissant les déserts de mille pieds sanglants. Elle allait ! Au-devant de sa course éperdue Les peuples refluaient comme des flots humains ; Les montagnes croulaient étreintes par ses mains; Elle allait ! Elle allait à travers l'étendue. Laissant les os deï morts blanchir sur ses chemins.
Une mer apparut, aux hurlements sauvages, Abime où nuls sentiers n'avaient été frayés. Hérissé, s'élançant par bonds multipliés Comme à l'assaut de l'homme errant sur ses rivages. Et jetant son écume à des cieux foudroyés. Et cette mer semblait la gardienne des mondes Défendus aux vivants, d'où nul n'est revenu; Mais, l'âme par delà l'horizon morne et nu. De mille et mille troncs couvrant les noires ondes, La foule des Kymris vogua vers l'inconnu.
La tempête, sept jours et sept nuits, par l'espace, Poussa la flotte immense au but mystérieux; Et Hu-Gadarn volait sur les vents furieux. Illuminant l'abîme où s'enfonçait sa race Avec le souvenir, l'espérance et les Dieux ! Et les harpes vibraient dans les clameurs farouches Qui se ruaient du ciel et montaient des flots sourds ; Et les hymnes sacrés, échos des anciens jours.
Résonnant à la fois sur d'innombrables bouches. Faisaient taire la foudre en éclatant toujours I
Tels nos aïeux nageaient vers vous, saintes contrées. Rocs de Cambrie, Armor, où croissent les guerriers tt les chênes, Eriun, qui, dans tes frais sentiers, Entrelaces les houx aux bruyères dorées Et berces l'aigle blanc sur tes verts peupliers ! A travers les marais, les torrents, les bois sombres. Les aurochs mugissants, les loups, les ours velus. Et chassant devant eux des peuples chevelus. Ils s'assirent enfin sous vos divines ombres, O forêts du repos qu'ils ne quittèrent plusl
Et la race des Purs, forte, puissante et sage. Chère aux Dieux, fils de Math, par qui tout a germé, Coula comme un grand fleuve, en son lit embaumé. Qui répand la fraîcheur et la vie au passage, Et tout droit dans la mer tombe, large et calmé. O jours heureux ! O temps sacrés et pacifiques ! Voix mâles qui chantiez sous les chênes mouvants, Beaux hymnes de la mer, doux murmures des vents. Salut! soleils féconds des siècles magnifiques! Salut ! cieux où les morts conviaient les vivants I —
Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire, L'Esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;