LE MASSACRE DE UOKA. J
Et la foule agitant les haches, les penn-baz
Et les glaives, ainsi qu'à l'heure des combats.
Ivre du souvenir et toute hérissée,
Salua les splendeurs de sa gloire passée.
Et les Dieux se levaient, tordant au fond des cieux
Leurs bras géants, avec des flammes dans les yeux.
Et, tels qu'une forêt aux immenses feuillages.
De leurs cheveux épars balayant les nuages.
La foudre, d'un soleil sanglant, illumina
L'horizon et la mer, et la sainte Mona
Q.ui bondit hors des flots, flamboyante et frappée
Et d'un rugissement terrible enveloppée.
Tandis que le rideau de la nuit se fendait
Du haut en bas sous l'ongle en feu qui le mordait.
Laissant pendre, enlacés de palpitantes flammes.
Des lambeaux convulsifs sur la crête des lames.
Puis, dans l'obscurité tout rentra brusquement ;
La mer, fumante encor, reprit son hurlement
Monotone, le long des rochers et des sables ;
Et tous les fils de Math se rassirent, semblables
A CCS amas de blocs athlétiques et lourds,
Immobiles depuis l'origine des jours.
Qui regardent, penchés sur les abîmes vagues,
A l'assaut des grands caps monter les hautes vagues.
Alors, Uheldéda, roidissant ses bras blancs.
Éleva vers le ciel ses yeux étincelants ;
Et la foule écouta la Vierge vénérée
Qui tranche le Gui vert sur l'écorce sacrée.
Et qui, du haut des rocs battus du flot amer.
126 POÈMES BARBARtS.
Évoque autour de Seîn les Démons de la mer.
Uheldéda leur dit au milieu du silence :
— Hommes du Chêne, aînés d'une famille immense, Derniers rameaux poussés sur un tronc ébranlé, Dormiez-vous dans les bois quand l'Esprit m'a parlé ? Voguiez- vous, ô marins I sur la stérile écume. Quand la voix de Gwiddonn m'a versé l'amertume O Bardes ! chantiez-vous l'histoire des aïeux Et le déroulement des siècles glorieux, Quand, assise au sommet de mon ile sauvage, J'ai vu du roi Murdoc'h la gigantesque image Qui montait de la mer, et qui, la hache en main, Fauchait un chêne d'où coulait le sang humain ? Oui, tandis que, tombant par ruisseaux dans l'abime, La sève jaillissait, rouge, du tronc sublime. Et que le traître, avec de furieux efforts. Détachait coup sur coup les rameaux déjà morts, Gwiddonn m'a dit, du fond de la nue éternelle : . — Pour le sixième soir de la lune nouvelle ! Debout, Uheldéda I Les temps sont révolus. Vierge, et le monde impur ne nous reverra plus, Après que dans Mona, vénérable aux Dieux mêmes, Auront monté les cris de mort et les blasphèmes I — O roi d'Armor, Gwiddonn, qui me parlais ainsi. Esprit du chêne, ami des justes, nous voici! Viennent l'heure fatale et Murdoc'h et le glaive! Si le Dieu triomphant des jours nouveaux se lève,