LE MASSACRE DE MONA. 12J
Si l'onde Azewladour est près de se tarir, Si le fer va trancher les bois, s'il faut mourir. Nous voici, nous voici, vierges, prêtres et bardes. Résignés au destin sacré que tu nous gardes. Et plus fiers de tomber sans tache devant loi Que de survivre au jour de ta ruine, ô Roi ! Salut, vous tous, ô fils de Math, Vertus antiques Du monde, qui hantiez les forêts prophétiques. Les iles de la mer et les âpres sommets ! Vivants ou morts, les Purs sont à vous pour jamais ! Vivants ou morts, nos yeux vous reverront, ô Maîtres I Car qui rompra la chaîne éternelle des êtres? Qui tranchera les nœuds du Serpent étoile? Qui tarira l'abime où la vie a coulé.
Quand le Générateur aux semences fécondes, Math, fit tourbillonner la poussière des mondes, Et, réchauflFant le germe où dort l'humanité. Dit : — Monte dans le temps et dans l'illimité ! — Non ! rien ne brisera l'enchaînement des choses. Toujours, de cieux en cieux, dans la lumière écloses. Les demeures de l'ame immortelle luiront. Et nuls Dieux ennemis ne les disperseront. Chantez, Bardes ! voici l'outrage et l'agonie. Chantez ! La mort contient l'espérance infinie. Voici la route ouverte, et voici les degrés
Par où nous monterons vers nos destins sacrés !
Tandis qu'Uheldéda, levant sa pâle tête. Tendait les bras au ciel où roulait la tempête, L'Esprit du vent, d'un coup de son aile, brisant
Des nocturnes vapeurs le couvercle pesant, Fit éclater le gouffre immortel, mer de flammes D'où jaillissent sans cesse, où retournent les âmes. Où l'amoncellement des univers se joint A l'amas des soleils, qui ne commence point, Qui ne finit jamais, où tout poursuit sa voie, Où tout éclot, bouillonne et grandit et tournoie, S'efface, disparaît, revient et roule encor Dans les sphères d'azur et les ellipses d'or.
Et la lourde nuée en montagnes de brume Croula vers l'Occident qu'un morne éclair allume. La mer, lasse d'efforts, comme pour s'assoupir. Changea sa clameur rude en un vaste soupir. Et, réprimant l'assaut de ses houles plus lentes. Tomba sans force au pied des roches ruisselantes ; L'horizon, dégagé de son épais fardeau, S'élargit, reculant les longues lignes d'eau; L'Ile sainte monta, tranquille, hors des ombres ; Le croissant de la lune argenta ses pics sombres ; Et l'innombrable essaim des Dieux s'évanouit Dans le rayonnement splendide de la nuit.