‹ Poèmes barbaresChapitre 28 sur 66 · LE MASSACRE DE MONA. I · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DE MONA. I

Ku revers reluisant des avirons de frêne L'écume se suspend en frange, et la carène Coupe l'eau qui frémit tout le long de la nef. Là, cinquante guerriers sont debout près du chef. L'ardent désir du meurtre élargit leurs narines Et gonfle les réseaux d'acier sur leurs poitrines. Le carquois de cuir brut au dos et l'arc en main, Portant au ceinturon le court glaive romain, Tous, quand la nef gravit la houle encore haute. Regardent les lueurs qui flambent à la côte. Sur la proue, au long col de dragon rouge et noir, Murdoc'h le Kambrien se dresse pour mieux voir. Appuyé des deux mains sur la massive épée. L'épaule des longs plis d'un manteau blanc drapée, Un étroit cercle d'or sur ses épais cheveux Et de lourds bracelets à ses poignets nerveux, Murdoc'h, fléau des fils de Math, traitre à sa race, Dans les bois, sur la mer, la poursuit à la trace. Et prêche par le fer, en son aveuglement, La loi du jeune Dieu qui fut doux et clément. Car le sombre Barbare aux haines violentes Dans l'Eau vive n'a point lavé ses mains sanglantes. Son cœur n'a point changé sous la robe de lin ; Mais il n'en bat que plus ardemment, toujours plein Des mêmes passions qui le brûlaient naguère. Quand, aux rocs de Kambrie ou sur sa nef de guerre, Il s'enivrait du cri des glaives, des sanglots De mort, des hurlements de l'orage et des flots. Maintenant, l'insensé, dans sa fureur austère,

Croit venger la Victime auguste et volontaire Qui, jusques au tombeau, priant et bénissant Ne versa que ses pleurs et que son propre san Or, la sinistre nef court au sommet des lames Vers la plage fatale où luisent les neuf flamm Le vent et l'aviron, d'un unanime effort, La poussent sur le sable amoncelé du bord ; Elle échoue, et voici qu'aux lueurs de la lun< Le chef et les guerriers s'en vont de dune en c

Les harpes s'emplissaient d'un souffle harmoni Le chœur mâle des voix s'épandait sous les ' Avec les mille échos du murmure nocturne; Et la Vierge, inclinant l'orifice de l'urne, Baignait dans l'arche d'or le Gui qu'elle a tri Sur l'arbre vénérable où Gwiddonn est cache Quand, au faite moussu d'une roche prochaii Murdoc'h parut, debout, dans son manteau de 1 Et le Persécuteur, un instant, regarda Cette foule immobile autour d'Uheldéda Et de ce grand vieillard aux longs cheveux de Assis sur le granit comme un roi sur son siè: Mais, à ces chants sacrés, à cet auguste aspe Son cœur ne ressentit ni trouble, ni respect, Et, dans un rire amer, plein d'insulte et d'out 11 poussa daTi: ' • nuit ce blasphème sauvage

Page 1