‹ Poèmes barbaresChapitre 32 sur 66 · LA FILLE DE L'ÉMTR · texte numérisé non relu

LA FILLE DE L'ÉMTR

— L'amour est plus fort que le fin acier. Mieux que sur les monls l'aigle carnassier. Et plus haut, l'amour monte et va sans trêve. Qui peut résister à l'amour divin?

Auprès de l'amour, enfant, tout est vain Et tout n'est qu'un rêve ! —

Maison, grilles, murs, rentrent dans la nuit; Le jardin se trouble et s'évanouit. Ils s'en vont tous deux à travers la plaine. Longtemps, bien longtemps, et l'enfant, hélas l Sent les durs cailloux meurtrir ses pieds las Et manque d'haleine.

— O mon cher seigneur, Allah m'est témoin Que je t'aime, mais ton royaume est loinl Arriverons-nous avant que je meure?

Mon sang coule, j'ai bien soif et bien £aiml — Une maison noire apparaît enfin.

— Voici ma demeure.

Mon nom est Jésus. Je suis le pécheur Qui prend dans ses rets l'âme en sa fraîcheur. Je t'aime, .\}'scha; calme tes alarmes; Car, pour enrichir ta robe d'hymen.

Vois, j'ai recueilli, fleur de l'Yémen, Ton sang et tes larmes 1

Tu me reverras du cœur et des yeux.

Et je te réserve, enfant, dans mes deux, La vie éternelle après cette terre! — Parmi les vivants morte désormais, La vierge Ayscha ne sortit jamais Du noir monastère.

Le Conseil du Fakir.

ViK GT Cipayes, la main sur lenrs pommeaux foiu'ois Et le cràne rasé ceint du paliacate.

Gardent le vieux Nabab et la Begum d'Arkate; Autour danse un essaim l^er de Lall-Bibis.

Le Mongol, roide et grave en ses riches habits. Égrène un chapelet fait d'ambre de Maskate; La jeune femme est belle, et sa peau délicate Luit sous la mousseline où brûlent les rubis.

Devant eux, un Fakir demi-nu, maigre et sale, Mange en un plat de bois du riz de Mangalor, Assis sur les jarrets au milieu de la salle.

158 POÈll£S BARBARES.

La fange de ses pieds souille la soie et l'or,

Et, tandis que l'on danse, il gratte avec ses ongles

Sa peau rude, en grondant comme un tigre des djungles

— L'aile noire d'Yblis plane sur ton palais, Mohammed- Ali-Khan! ta fortune est au faite, Mais la suprême part que le destin t'a faite Va déchoir, ô Nabab, sans beaucoup de délais.

Tes crimes les plus lourds, tes vices les plus laids. Hâtent l'heure sinistre et vont clore la fête. Allah! rien n'est profond, par l'Ane du Prophète! Comme l'aveuglement sans borne où tu te plais.

Nabab! ta barbe est grise et ta prudence est jeune, Et moi, j'ai reconnu la haine et son dessein Par l'œil de la prière et l'oreille du jeune.

Pourquoi réchaufFes-tu le reptile en ton sein,

O Mohammed ? Voici qu'il siffle et qu'il t'enlace.

Et qu'il cherche à te mordre à la meilleure place ! —

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