LA FONTAINE ACX LIANES
Le soleil de midi fait palpiter vos sèves; Vous siégez, revêtus de sa pourpre, et sans voix ; Mais la nuit, épanchant la rosée et les rêves. Apaise et fait chanter les âmes et les bois.
Par delà les verdeurs'des zones maternelles *
Où vous poussez d'un jet vos troncs inébranlés. Seules, plus près du ciel, les neiges éternelles Couvrent de leurs plis blancs les pics immaculés.
O bois natals, j'errais sous vos larges ramures;
L'aube aux flancs noirs des monts marchait d'un pied vermeil,
La mer avec lenteur éveillait ses murmures.
Et de tout œil \-ivant fuyait le doux sommeil.
Au bord des nids, ouvrant ses ailes longtemps closes. L'oiseau disait le jour avec un chant plus frais Que la source agitant les verts buissons de roses. Que le rire amoureux du vent dans les forêts.
Les abeilles sortaient des ruches naturelles £t par essaims vibraient au soleil matinal ; Et, livrant le trésor de leurs corolles frêles. Chaque fleur répandait sa goutte de cristal.
Et le ciel descendait dans les claires rosées Dont la montagne bleue au loin étincelait; Un mol encens fumait des plantes arrosées Vers la sainte nature à qui mon cœur parlait.
Au fond des bois baignés d'une vapeur céleste, Il était une eau vive où rien ne remuait ', Quelques joncs verts, gardiens de la fontaine agreste, S'y penchaient au hasard en un groupe muet.
Les larges nénuphars, les lianes errantes, Blancs archipels, flottaient enlacés sur les eaux. Et dans leurs profondeurs vives et transparentes Brillait un autre ciel où nageaient les oiseaux.
O fraîcheur des forêts, sérénité première, O vents qui caressiez les feuillages chanteurs, Fontaine aux flots heureux où jouait la lumière, Éden épanoui sur les vertes hauteurs 1
Salut, ô douce paix, et vous, pures haleines. Et vous qui descendiez du ciel et des rameaux. Repos du cœur, oubli de la joie et des peines I Salut ! ô sanctuaire interdit à nos maux 1
Et, sous le dôme épais de la forêt profonde. Aux réduits du lac bleu dans les bois épanché^ Dormait, enveloppé du suaire de l'onde.
Un mort, les yeux au ciel, sur le sable couché.
Il ne sommeillait pas, calme comme Ophélic, Et souriant comme elle, et les bras sur le sein ; Il était de ces morts que bientôt on oublie ; Pâle et triste, il songeait au fond du clair bassin.