‹ Poèmes barbaresChapitre 35 sur 66 · LA FONTAINE AUX LIANES · texte numérisé non relu

LA FONTAINE AUX LIANES

La tête au dur regard reposait sur la pierre ; Aux replis de la joue où le sable brillait. On eût dit que des pleurs tombaient de la paupière Et que le cœur encor par instants tressaillait.

Sur les lèvres errait la sombre inquiétude. Immobile, attentif, ii semblait écouter Si quelque pas humain, troublant la solitude, De son suprême asile allait le rejeter.

Jeuns homme, qui choisis pour ta couche azurée La fontaine des bois aux flots silencieux. Nul ne sait la liqueur qui te fut mesurée Au calice éternel des esprits soucieux.

De quelles passions ta jeunesse assaillie Vint-elle ici chercher le repos dans la mort ? Ion âme à son départ ne fut pas recueillie, Et la vie a laissé sur ton front un remord.

Poïïrqtrat jusqu'au tombeau cette tristesse amère? Ce cœur s'est-il brisé pour avoir trop aimé? La blanche illusion, l'espérance éphémère En s'envolant au ciel l'ont-elles vu fermé?

Tu n'es pas né sans doute au bord des mers dorées, Et tu n'as pas grandi sous les divins palmiers ; Mais l'avare soleil des lointaines contrées N'a pas mûri la fleur de les songes premiers.

A l'heure où de ton sein la flamme fut ravie, O jeune homme qui vins dormir en ces beaux lieux, Une image divine et toujours poursuivie. Un ciel mélancolique ont passé dans tes yeux.

Si ton âme ici-bas n'a point brisé sa chaîne. Si la source au flot pur n'a point lavé tes pleurs, Si tu ne peux partir pour l'étoile prochaine. Reste, épuise la vie et tes chères douleurs 1

Puis, ô pâle étranger, dans ta fosse bleuâtre, '

Libre des maux soufferts et d'une ombre voilé, Que la nature au moins ne te soit point marâtre ! Repose entre ses bras, paisible et consolé.

Tel je songeais. Les bois, sous leur ombre odorante. Épanchant un concert que rien ne peut tarir. Sans m'écouter, berçaient leur gloire indifférente. Ignorant que l'on souffre et qu'on puisse en mourir.

La fontaine limpide, en sa splendeur native. Réfléchissait toujours les cieux de flamme emplis. Et sur ce triste front nulle haleine plaintive De flots riants et purs ne vint rider les plis.

Sur les blancs nénuphars l'oiseau ployant ses ailes Buvait de son bec rose en ce bassin charmant. Et, sans penser aux morts, tout couvert d'étincelles. Volait sécher sa plume au tiède firmament.

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