‹ Poèmes barbaresChapitre 36 sur 66 · LA FONTAINE AUX LIANES. I7I · texte numérisé non relu

LA FONTAINE AUX LIANES. I7I

La nature se rit des souffrances humaines ; Ne contemplant jamais que sa propre grandeur. Elle dispense à tous ses forces souveraines Et garde pour sa part le calme et la splendeur.

Les Hurleurs.

LE soleil dans les flots avait noyé ses flammes, , La ville s'endormait aux pieds des monts brumein Sur de grands rocs lavés d'un nuage écumeux La mer sombre eu grondant versait ses hautes lames.

La nuit multipliait ce long gémissement. Nul astre ne luisait dans l'immensité nue ; Seule, la lune pâle, en écartant la nue, Comme une morne lampe oscillait tristement.

Monde muet, marqué d'un signe de colère. Débris d'un globe mort au hasard dispersé. Elle laissait tomber de son orbe glacé Un reflet sépulcral sur l'océan polaire.

Sansborne, assise au Nord, sous les cieux étouffants, L'Afrique, s'abritant d'ombre épaisse et de brume, ASàmait ses lions dans le sable qui fume. Et couchait près des lacs ses troupeaux d'éléphants.

LIS BOKLEURS. I73

Mais sur la plage aride, anx odeurs insalubres. Parmi des ossements de bœufs et de chevaux. De maigres chiens, épars, allongeant leurs museaux, Se lamenuient, poussant des hurlements lugubres.

La queue en cercle sous leurs ventres palpitants. L'oeil dilaté, tremblant sur leurs pattes fébriles, Accroupis çà et là, tous hurlaient, immobiles. Et d'un frisson rapide agités par instants.

L'écume de la mer collait sur leurs échines

De longs poils qui laissaient les vertèbres saillir;

Et, quand les flots par bonds les venaient assaillir.

Leurs dents blanches claquaient sous leurs rouges babines.

Devant la lune errante aux livides clartés, Quelle angoisse inconnue, au bord des noires ondes. Faisait pleurer une âme on vos formes immondes? Pourquoi gémissiez-vous, spectres épouvantés ?

Je ne sais ; mais, ô chiens qui hurliez sur les plages, Après tant de soleils qui ne reviendront plus. J'entends toujours, du fond de mon passé confus. Le cri désespéré de vos douleurs sauvages 1

L;i Ravine Saint-Gilles.

LA gorge est pleine d'ombre où, sous les bambous grél( Le soleil au zénith n'a jamais resplendi, Où les filtrations des sources naturelles S'unissent au silence enflammé de midi.

De la lave durcie aux fissures moussues, Au travers des lichens l'eau tombe en ruisselant, S'y perd, et, se creusant de soudaines issues, Germe et circule au fond parmi le gravier blanc.

Un bassin aux reflets d'un bleu noir y repose, Morne et glacé, tandis que, le long des blocs lourds, La liane en treillis suspend sa cloche rose, Entre d'épais gazons aux touffes de velours.

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