LES ÉLÉPHANTS
Ils reverront le fleuve échappé des grands monts. Où nage en mugissant l'hippopotame énorme. Où, blanchis par la lune et projetant leur forme. Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.
Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.
La Forêt vierge.
DEPUIS le jour antique où germa sa semence, Cette forêt sans fin, aux feuillages houleux, S'enfonce puissamment dans les horizons bleus Comme une sombre mer qu'enfle un soupir immense!
Sur le sol convulsif l'homme n'était pas né Qu'elle emplissait déjà, mille fois séculaire, De son ombre, de son repos, de sa colère. Un large pan du globe encore décharné.
Dans le vertigineux courant des heures brèves,
Du sein des grandes eaux, sous les cieux rayonnant
Elle a vu tour à tour jaillir des continents
Et d'autres s'engloutir au loin, tels que des rêves.