LA LÉGENDE DES NORMES. 5I
DEUXIEME NORNE.
Tombe, neige sans fin ! Enveloppe d'un voile
Le rose éclair de l'aube et l'éclat de l'étoile I
Brouillards silencieux, ensevelissez-nous!
O vents glacés, par qui frissonnent nos genoux.
Ainsi que des bouleaux vous secouez les branches.
Sur nos fronts aux plis creux fouettez nos mèches blanches!
Neige, brouillards et vents, désert, cercle étemel.
Je nage malgré vous dans la splendeur du ciel !
Par delà ce silence où nous sommes assises.
Je me berce en esprit au vol joyeux des brises,
Je m'enivre à souhait de l'arôme des fleurs,
Et je m'endors, plongée en de molles chaleurs!
Urda, réjouis-toi! l'œuvre des Dieux fut bonne.
La gloire du soleil sur leur face rayonne.
Comme au jour où tu vis le monde nouveau-né
Du déluge sanglant sortir illuminé;
Et toujours Yggdrasill, à sa plus haute cime,
Des neuf sphères du ciel porte le poids sublime.
O Nomes ! Échappé du naufrage des siens.
Vivant, mais enchainé dans les antres anciens,
Loki, le demier fils d'Ymer, tordant sa bouche,
S'agite et se consume en sa rage farouche;
Tandis que le Serpent, de ses nœuds convulsifs,
Etreint, sans l'ébranler, la terre aux rocs massifs,
Et que le loup Fenris, hérissant son échine.
Hurle et pleure, les yeux flamboyants de famine.
Le noir Surtur sommeille, immobile et dompté ;
Et, des vers du tombeau vile postérité,
Les Nains hideux, vêtus de rouges chevelures.
Martèlent les métaux sur les enclumes dures;
Mais ils ne souillent plus l'air du ciel étoile.
Le Mal, sous ies neuf sceaux de l'abîme, est scellé,
Mes sœurs ! La sombre Héla, comme un oiseau noctum
Plane au-dessus du gouffre, aveugle et taciturne;
Et les Ases, assis dans le palais d'Asgard,
Embrassent l'univers immense d'un regard I
Modérateurs du monde et source d'harmonie.
Ils répandent d'en haut la lumière bénie;
La joie est dans leur cœur : sur la tige des Dieux
Une fleur a germé qui parfume les cieux ;
Et voici qu'aux rayons d'une immuable aurore,
Le Fruit sacré, désir des siècles, vient d'éclore !
Balder est né! Je vois, à ses pieds innocents.
Les Alfes lumineux faire onduler l'encens.
Toute chose a doué de splendeur et de grâce
Le plus beau, le meilleur d'une immortelle race:
L'aube a de ses clartés tressé ses cheveux blonds,
L'azur céleste rit à travers ses cils longs.
Les astres attendris ont, comme une rosée,
Versé des lueurs d'or sur sa joue irisée.
Et les Dieux, à l'envi, déjà l'ont revêtu
D'amour et d'équité, de force et de vertu.
Afin que, grandissant et triomphant en elle,
B soit le bouclier de leur œuvre éternelle I