‹ Poèmes barbaresChapitre 5 sur 66 · LA LÉGENDE DES NORNES · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DES NORNES

Nomes 1 Je l'ai vu naître, et mon sort est rempli. Meure le souvenir au plus noir de l'oubli ! Tout est dit, tout est bien. Les siècles fatidiques Ont tenu jusqu'au bout leurs promesses antiques. Puisque le chœur du ciel et de l'humanité Autour de ce berceau vénérable a chanté I

TROISIÈME NORNE.

Que ne puis-je dormir sans réveil et sans rêve,

Tandis que cette aurore éclatante se lève !

Inaccessible et sourde aux voix de l'avenir,

A vos côtés, mes sœurs, que ne puis-je dormir,

Spectres aux cheveux blancs, aux prunelles glacées,

Sous le suaire épais des neiges amassées !

O songe, ô désirs vains, inutiles souhaits I

Ceci ne sera point, maintenant ni jamais.

Oui 1 le Meilleur est né, plein de grâce et de charmes.

Celui que l'univers baignera de ses larmes,

Qui, de sa propre flamme aussitôt consumé.

Doit vivre par l'amour et mourir d'être aimé !

Il grandit comme un frêne au milieu des pins sombres.

Celui que le destin enserre de ses ombres.

Le guide jeune et beau qui mène l'homme aux Dieux

Hélas! rien d'éternel ne fleurit sous les cieux,

il n'est rien d'immuable où palpite la vie I

La douleur fut domptée et non pas assouvie.

Et la destruction a rongé sourdement

Des temps laborieux le vaste monument.

Vieille Urda, ton œil cave a vu l'essaim des choses,

Du vide primitif soudainement écloses.

Jaillir, tourbillonner, emplir l'immensité...

Tu le verras rentrer au gouffre illimité.

Verdandi! ce concert de triomphe et de joie.

L'orage le disperse et l'espace le noie !

O vous qui survivrez quand les cieux vermoulus

S'en iront en poussière et qu'ils ne seront plus,

Des siècles infinis Contemporaines mornes.

Vieille Urda, Verdandi, lamentez-vous, ô Nomes 1

Car voici que j'entends monter comme des flots

Des cris de mort mêlés à de divins sanglots.

Pleurez, lamentez-vous, Nornes désespérées!

Ils sont venus, les jours des épreuves sacrées.

Les suprêmes soleils dont le ciel flamboira,

Le siècle d'épouvante où le Juste mourra.

Sur le centre du monde inclinez votre oreille :

Loki brise les sceaux; le noir Surtur s'éveille;

Le Reptile assoupi se redresse en sifflant ;

L'écume dans la gueule et le regard sanglant,

Fenris flaire déjà sa proie irrévocable ;

Comme un autre déluge, hélas! plus implacable,

Se rue au jour la race effrayante d'Ymer,

L'impur troupeau des Nains qui martèlent le fer!

Asgard! Asgard n'est plus qu'une ardente ruine;

Yggdrasill ébranlé ploie et se déracine;

Tels qu'une grêle d'or, au fond du ciel mouvant.

Les astres flagellés tourbillonnent au vent.

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