L'V COUCHER DE SOLEIL. I
Soudain le géant Orion, Ou quelque sagittaire antique.
Du côté du septentrion Dresse sa stature athlétique.
Le Chasseur tend son arc de fer Tout rouge au sortir de la forge.
Et, faisant un pas sur la mer, Transperce le Rok à la gorge.
D'un coup d'aile l'oiseau sanglant S'enfonce à travers l'étendue; Et le soleil tombe en brûlant.
Et brise sa masse éperdue.
Alors des volutes de feu Dévorent d'immenses prairies.
S'élancent, et, du zénith bleu, Pleuvent en flots de pierreries.
Sur la face du ciel mouvant
Gisent de flamboyants décombres;
Un dernier jet exhale au vent
Des tourbillons de pourpre et d'ombies;
Et, se dilatant par bonds lourds.
Muette, sinistre, profonde, La nuit traîne son noir velours Sur la solitude du monde.
La Panthère noire.
UNE rose lueur s'épand par les nuées; L'horizon se dentelle, à l'Est, d'un vif éclair; Et le collier nocturne, en perles dénouées. S'égrène et tombe dans la mer.
Toute une part du ciel se vêt de molles flammes Qu'il agrafe à son faîte étincelant et bleu. Un pan traine et rougit l'émeraude des lames D'une pluie aux gouttes de feu.
Des bambous éveillés où le vent bat des ailes. Des letchis au fruit pourpre et des cannelliers Pétille la rosée en gerbes d'étincelles,
Moulent des bruits frais par milliers.