‹ Poèmes barbaresChapitre 47 sur 66 · LE RÊVE DU JAGUAR · texte numérisé non relu

LE RÊVE DU JAGUAR

Il s'aôaisse, allongé sur quelque roche plate ; D'un large coup de langue il se lustre la patte ; 11 cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ; Et, dans l'illusion de ses forces inertes. Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs, Il rêve qu'au milieu des plantations vertes. Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

Ultra cœlos.

AUTREFOIS, quand l'essaim fougueux des premiers Sortait en tourbillons de mon cœur transporté ; Quand je restais couché sur le sable des grèves, La face vers le ciel et vers la liberté ;

Quand, chargé du parfum des hautes solitudes. Le vent frais de la nuit passait dans l'air dormant. Tandis qu'avec lenteur, versant ses flots moins rudes, • La mer calme grondait mélancoliquement ;

Quand les astres muets, entrelaçant leurs flammes Et toujours jaillissant de l'espace sans fin, Comme une grêle d'or pétillaient sur les lames Ou remontaient nager dans l'océan divin ;

OLTRA CŒLOS. 219

Incliné sur le gouffre inconnu de la vie, Palpitant de terreur joyeuse et de désir. Quand j'embrassais dans une irrésistible envie L'ombre de tous les biens que je n'ai pu saisir ;

O nuits du ciel natal, parfums des vertes cimes, Noirs feuillages emplis d'un vague et long soupir. Et vous, mondes, brûlant dans vos steppes sublimes. Et vous, flots qui chantiez, près de vous assoupir!

Ravissements des sens, vertiges magnétiques Où l'on roule sans peur, sans pensée et sans voix .' Inertes voluptés des ascètes antiques Assis, les yeux ouverts, cent ans, au fond des bois I

Nature ! Immensité si tranquille et si belle. Majestueux abime où dort l'oubli sacré, Que ne me plongeais-tu dans ta paix immortelle. Quand je n'avais encor ni souffert ni pleuré?

Laissant ce corps d'une heure errer à l'aventure Par le torrent banal de la foule emporté, Que n'en détachais-tu l'âme en fleur, ô Nature, Pour l'absorber dans ton impassible beauté?

Je n'aurais pas senti le poids des ans funèbres ; Ni sombre, ni joyeux, ni vainqueur, ni vaincu. J'aurais passé par la lumière et les ténèbres, Aveugle comme un Dieu : je n'aurais pas vécu I

Mais, ô Nature, hélas 1 ce n'est point toi qu'on aime : Tu ne fais point couler nos pleurs et notre sang, Tu n'entends point nos cris d'amour ou d'anathème. Tu ne recules point en nous éblouissant I

Ta coupe toujours pleine est trop près de nos lèvres ; C'est le calice amer du désir qu'il nous faut I C'est le clairon fatal qui sonne dans nos fièvres : Debout ! Marchez, courez, volez, plus loin, plus haut I

Ne vous arrêtez pas, ô larves vagabondes ! Tourbillonnez sans cesse, innombrables essaims ! Pieds sanglants, gravissez les degrés d'or des mondes! O cœurs pleins de sanglots, battez en d'autres seins 1

Non I Ce n'était point toi, solitude infinie. Dont j'écoutais jadis l'ineffable concert ; C'était lui qui fouettait de son âpre harmonie L'enfant songeur couché sur le sable désert.

C'est lui qui dans mjDn cœur éclate et vibre encore Comme un appel guerrier pour un combat nouveau. Va ! nous t'obéirons, voix profonde et sonore. Par qui r.ime, d'un bond, brise le noir tombeau!

A de lointains soleils allons montrer nos chaînes, Allons combattre encor, penser, aimer, souffrir ; Et, savourant l'horreur des tortures humaines. Vivons, puisqu'on ne peut oublier ni mourir I

Le Colibri.

LE vert colibri, le roi des collines, Voyant la rosée et le soleil clair Luire dans son nid tissé d'herbes fines. Comme un frais rayon s'échappe dans l'air.

Il se hâte et vole aux sources voisines Où les bambous font le bruit de la mer, Où l'açoka rouge, aux odeurs divines, S'ouvre et porte au cœur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose, Et boit tant d'amour dans la coupe rose. Qu'il meurt, ne sachant s'il l'a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée.

Telle aussi mon âme eût voulu mourir Du premier baiser qui l'a parfumée I

Les Montreurs.

TELqu'uii morne animal, meurtri, plein de pous-;ièrs La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été, Promène qui voudra son cœur ensanglanté Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !

Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété, Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière, Déchire qui voudra la robe de lumière De la pudeur divine et de la volupté.

Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire, Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire. Je ne te vendrai pas mon ivresse ou mon mal,

Je ne livrerai pas ma vie à tes huées.

Je ne danserai pas sur ton tréteau banal ■' y^.

Avec tes histrions et tes prostituées.

La Chute des Etoiles.

TOMBEZ, ô perles dénouées, Pales étoiles, dans la mer.

Un brouillard de roses nuées Émerge de l'horizon clair ; A l'Orient plein d'étincelles Le vent joyeux bat de ses ailes L'onde que brode un vif éclair.

Tombez, ô perles immortelles.

Pales étoiles, dans la mer.

Plongez sous les écumes fraiches De rO;éan mystérieux.

La lumière crible de flèches Le faite des monts radieux ;

i24 POÈMES BARBARES.

Mille et mille cris, par fusées, Sortent des bois lourds de rosées ; Une musique vole aux cieux.

Plongez, de larmes arrosées.

Dans l'Océan mystérieux.

Fuyez, astres mélancoliques, O Paradis lointains encor !

L'aurore aux lèvres métalliques Rit dans le ciel et prend l'essor ; Elle se vêt de molles flammes.

Et sur l'émeraude des lames Fait pétiller des gouttes d'or.

Fuyez, mondes où vont les âmes, O Paradis lointains encor !

Allez, étoiles, aux nuits douces.

Aux cieux muets de l'Occident.

Sur les feuillages et les mousses

Le soleil darde un œil ardent ;

Les cerfs, par bonds, dans les vallées,

Se baignent aux sources troublées;

Le bruit des hommes va grondant.

Allez, ô blanches exilées.

Aux cieux muets de l'Occident.

Heureux qui vous suit, clartés mornes, O lampes qui versez l'oubli 1

lA CHUTE DES ÉTOILES.

Comme vous, dans l'ombre sans bornes ,

Heureux qui roule enseveli 1

Celui-là vers la paix s'élance :

Haine, amour, larmes, violence,

Ce qui fut l'homme est aboli.

Donnez-nous l'éternel silence,

O lampes qui versez l'oubli 1

La Mort d'un lion.

ETANT un vieux chasseur altéré de grand air Et du sang noir des bœufs, il avait l'habitude De contempler de haut les plaines et la mer. Et de rugir en paix, libre en sa solitude.

Aussi, comme un damné qui rôde dans l'enfer, Pour l'inepte plaisir de cette multitude Il allait et venait dans sa cage de fer. Heurtant les deux cloisons avec sa tête rude.

L'horrible sort, enfin, ne devant plus changer, Il cessa brusquement de boire et de manger; Et la mort emporta son âme vagabonde.

O cœur toujours en proie à la rébellion,

Qui tournes, haletant, dans la cage du monde,

Lâche, que ne fais-tu comme a fait ce lion?

Mille ans après.

L'apre rugissement de la mer pleine d'ombres, Cette nuit-là, grondait au fond des gorges noires, Et tout échevelés, comme des spectres sombres, De grands brouillards couraient le long des promontoires.

Le vent hurleur ron:pait en convulsives masses Et sur les pics aigus éventrait les ténèbres, Ivre, emportant par bonds dans les lames voraces Les bandes de taureaux aux beuglements funèbres.

Semblable à quelque monstre énorme, épileptique, Dont le poil se hérisse et dont la bave fume, La montagne, debout dans le ciel frénétique, Geignait affreusement, le ventre blanc d'écume.

Et j'écoutais, ravi, ces voix désespérées. Vos divines chansons vibraient dans l'air sonore, O jeunesse, ô désirs, ô visions sacrées. Comme un chœur de clairons éclatant à l'aurore !

Hors du gouffre infernal, sans y rien laisser d'elle. Parmi ces cris et ces angoisses et ces fièvres. Mon âme en palpitant s'envolait d'un coup d'aile Vers ton sourire, ô gloire ! et votre arôme, ô lèvres!

La nuit terrible, avec sa formidable bouche, Disait : — La vie est douce ; ouvre ses portes closes ! - Et le vent me disait de son râle farouche : — Adore ! Absorbe-toi dans la beauté des choses ! —

Voici qu'après mille ans, seul, à travers les âges. Je retourne, ô terreur! à ces heures joyeuses. Et je n'entends plus rien que les sanglots sauvages Et l'écroulement sourd des ombres furieuses.

Le Vœu suprême.

CERT E S , ce monde est vieux, presque autant que l'enter Bien des siècles sont morts depuis que l'homme pleure Et qu'un âpre désir nous consume et nous leurre, Plus ardent que le feu sans fin et plus amer.

Le mal est de trop vivre, et la mort est meilleure, Soit que les poings liés on se jette à la mer, Soit qu'en face du ciel, d'un œil ferme, et sur l'heure, Foudroyé dans sa force, on tombe sous le fer.

Toi, dont la vieille terre est avide, je t'aime, Brûlante effusion du brave et du martyr. Où l'âme se retrempe au moment de partir!

O sang mystérieux, ô splendide baptême, Puissé-je, aux cris hideux du vulgaire hébété, Entrer, ceint de ta pourpre, en mon éternité !

Le Soir d'une Bataille.

EL s que la haute mer contre les durs rivages, A la grande tuerie ils se sont tous rués,

Ivres et haletants, par les boulets troués, m

En d'épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.

Sous un large soleil d'été, de l'aube au soir. Sans relâche, fauchant les blés, brisant les vignes, Longs murs d'hommes, ils ont poussé leurs sombres lign Et là, par blocs entiers, ils se sont laissés choir.

Puis ils se sont liés en étreintes féroces. Le souffle au souffle uni, l'oeil de haine chargé. Le fer d'un sang fiévreux à l'aise s'est gorgé ; I^ cervelle a jailli sous la lourdeur des crosses.

LE SOIR d'une bataille. 2}I

Viaorieax, vaincus, fantassins, cavaliers.

Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,

Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louche?.

Dans la mort furieuse étendus par milliers.

La pluie, avec lenteur lavant leurs paies faces. Aux pentes du terrain fait murmurer ses eaux ; Et par la morne plaine où tourne un vol d'oiseaux Le ciel d'un soir sinistre estompe au loin leurs masses.

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés. Sur le sol bossue de tant de chair humaine. Aux dernières lueurs du jour on voit à peine Se tordre vaguement des corps entrelacés;

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense. Dressant son cou roidi, percé de coups de feu, Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu Que la nuit fait courir à travers le silence.

O tjoucherie ! 6 soif du meurtre ! acharnement Horrible 1 odeur des morts qui suffoques et navres 1 Soyez maudits devant ces cent mille cadavres Et la stupide horreur de cet égorgement.

Mais, sous l'ardent soleil ou sur la plaine noîre, Si, heurtant de leur cœur la gueule du canon, Ils sont morts. Liberté, ces braves, en ton nom, Béni soit le sang pur qui fume vers ta gloire!

Aux Morts.

APRÈS l'apothéose, après les gémonies, Pour le vorace oubli marqués du même sceau, Multitudes sans voix, vains noms, races finies, Feuilles du noble chêne ou de l'humble arbrisseau ;

Vous dont nul n'a connu les mornes agonies. Vous qui brûliez d'un feu sacré dès le berceau, Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies. Ajoutés au fumier des siècles par monceau;

O lugubres troupeaux des morts, je vous envie. Si, quand l'immense espace est en proie à la vie, Léguant votre misère à de vils héritiers.

Vous goûtez à jamais, hôtes d'un noir mystère,

L'irrévocable paix inconnue à la terre.

Et si la grande nuit vous garde tout entiers I

Le Dernier Souvenir.

J'ai vécu, je suis mort. — Les yeux ouverts, je coule Dans l'incommensurable abime, sans rien voir. Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d'un lugubre entonnoir Je descends d'heure en heure et d'année en année, A travers le Muet, l'Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L'épreuve est terminée. Qjti'est-ce donc que la vie? Étais-je jeune ou vieux? Soleil ! Amour ! — Rien, rien. Va, chair abandonnée 1

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes j'eux. Et l'oubli s'épaissit et t'absorbe à mesure. Si je rêvais 1 Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure?

Cela dut m'arriver en des temps très anciens.

O nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! — La chose est sûr

Quelqu'un m'a dévoré le cœur. Je me souviens.

Les Damnés.

LA terre était immense, et la nue était morne ; Et j'étais comme un mort en ma tombe enfermé Et j'entendais gémir dans l'espace sans borne Ceux dont le cœur saigna pour avoir trop aimé :

Femmes, adolescents, hommes, vierges pâlies.

Nés aux siècles anciens, enfants des jours nouveaux ,

Qui, rongés de désirs et de mélancolies,

Se dressaient devant moi du fond de leurs tombeaux.

Plus nombreux que les flots amoncelés aux grèves. Dans un noir tourbillon de haine et de douleurs. Tous ces suppliciés des impossibles rêves Roulaient , comme lamer, les yeux brûlés de pleurs.

Et sombre, le front nu, les ailes flamboyantes, Les flagellant encor de désirs furieux, Derrière le troupeau des âmes défaillantes Volait le vieil Amour, le premier né des dieux.

De leur plainte irritant la lugubre harmonie, Lui-même consumé du mal qu'il fait subir. Il chassait, à travers l'étendue infinie. Ceux qui sachant aimer n'en ont point su mourir.

Et moi, je me levais de ma tombe glacée; Un souffle au milieu d'eux m'emportait sans retour; Et j'allais, me mêlant à la course insensée, Aux lamentations des damnés de l'amour.

O morts livrés aux fouets des tardives déesses, O Titans enchaînés dans l'Erèbe éternel, Heureux ! vous ignoriez ces affreuses détresses. Et vous n'aviez perdu que la terre et le ciel l

âk

Fiat nox.

L'universelle mort ressemble au flux marin Tranquille ou furieux, n'ayant hâte ni trêve, Qui s'enfle, gronde, roule et va de grève en grève, Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève. Si le jour de l'angoisse est un siècle sans fin. Quand notre pied trébuche à ce gouflre divin. L'angoisse et le bonheur sont le rêve d'un rêve.

O cœur de l'homme, ô toi, misérable martyr,

Que dévore l'amour et que ronge la haine.

Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne I

Regarde! Le flot monte et vient pour t'engloutiri Ton enfer va s'éteindre, et la noire marée Va te verser l'oubli de son ombre sacrée-

In excelsis.

MIEUX que l'aigle chasseur, familier de la nue, Homme! monte par bonds dans l'air resplendissa La vieille terre, en bas, se tait et diminue.

Monte. Le clair abime ouvre à ton vol puissant

Les houles de l'azur que le soleil flagelle.

Dans la brume, le globe, en bas, va s'enfonçant.

Monte. La flamme tremble et pâlit, le ciel gèle, Un crépuscule morne étreint l'immensité.

Monte, monte et perds-toi dans la nuit éternelle :

Un gouffre calme, noir, informe, illimité, L'évanouissement total de la matière Avec l'inénarrable et pleine cécité.

IN EXCELSIS. *jy

Esprit! monte à ton tour vers l'unique lumière. Laisse mourir en bas tous les anciens flambeaux. Monte où la Source en feu brûle et jaillit entière.

De rêve en rêve, va ! des meilleurs aux plus beaux.

Pour gravir les degrés de l'Echelle infinie,

Foule les dieux couchés dans leurs sacrés tombeaux.

L'intelligible cesse, et voici l'agonie.

Le mépris de soi-même, et l'ombre, et le remord.

Et le renoncement furieux du génie.

Lumière, où donc es- tu? Peut-être dans la mort.

La Mort du Soleil.

LE vent d'automne, aux bruits lointains des mers parei Plein d'adieux solennels, de plaintes inconnues, Balance tristement le long des avenues Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil I

La feuille en tourbillons s'envole par les nues;

Et l'on voit osciller, dans un fleuve vermeil.

Aux approches du soir inclinés au sommeil,

De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues,

Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour ! Ta gloire en nappes d'or coule de ta blessure, Comme d'un sein puissant tombe un suprême amour.

Meurs donc, tu renaîtras ! L'espérance en est sûre Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix Au cœur qui s'est brisé pour la dernière fois?

Les Spectres.

TROIS spectres familiers hanteni mes heares sombres. Sans relâche, à jamais, perpétuellement.

Du rêve de ma vie ils traversent les ombres.

Je les regarde avec angoisse et tremblement.

Us se suivent, muets comme il convient aux âmes.

Et mon cœur se contracte et saigne en les nommant.

Ces magnétiques j'eux, plus aigus que des lames. Me blessent fibre à fibre et filtrent dans ma chair ; La moelle de mes os gèle à leurs mornes flammes.

Sur ces lèvres sans voix éclate un rire amer.

Ils m'entraînent, parmi la ronce et les décombres,

Très loin, par un ciel lourd et terne de l'hiver.

Trois spectres familiers hantent mes heures sombres.

Ces spectres! on dirait en vérité des morts,

Tant leur face est livide et leurs mains sont glacées.

Ils vivent cependant : ce sont mes trois remords.

Que ne puis-je tarir le flot de mes pensées. Et dans l'abîme noir et vengeur de l'oubli Noyer le souvenir des ivresses passées !

J'ai brûlé les parfums dont vous m'aviez empli; Le flambeau s'est éteint sur l'autel en ruines; Tout, fumée et poussière, est bien enseveli.

Rien ne renaîtra plus de tant de fleurs divine?, Car du rosier céleste, hélas 1 sans trop d'eftbrts. Vous avez bu la sève et tranché les racines.

Ces spectres! on dirait eu vérité des morts!

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