‹ Poèmes barbaresChapitre 63 sur 66 · LES DEUX GLAIVES. 3I · texte numérisé non relu

LES DEUX GLAIVES. 3I

Mais son esprit flamboie et brûle de sa lave Le vieux Victor, Urbain, qui pousse l'Occident Par tonrbillorts armés contre l'Islam ardent. Et Pascal, le nouvel élu du saint Conclave.

Dans un noir carrefour d'une antique cité. Au fond d'une masure où souffle une âpre bise, Sur la paille mouillée un vieillard agonise. Sans un être vivant qui veille à son côté.

Des larmes lentement brûlent sa blême joue. Ëtendu sur le dos, l'oeil terne, haletant. Il tressaille et roidit les bras, et par instant n parle d'une voix qu'un râle affreux enroue :

— A moi, mes chevaliers, mes Saxons, mes Lombards! Haut la lance et le glaive ! Allemagne, Italie, En avant! Q.ue le cri de César vous rallie! Faites flotter au vent les royaux étendards !

J'ai froid. Seigneur Jésus ! Seigneur, je vous conjure. Épargnez cette angoisse effroyable à ma fin... O Seigneur Christ ! Le chef du Saint Empire a faim ! Son fils est parricide, et son peuple est parjure.

Qui m'appelle ? Est-ce toi, mauvais moine, qui viens Insulter ton César qui meurt sans funérailles? Va-t'en! J'ai combattu dans soixante batailles I Mes Évêques trois fois on: démenti les tiens.

5l6 POÈMES BARBARES.

Mes Évêques ! Ils ont élu, sous mon épée, Le vrai Pape, Guibert de Ravenne, Clément! Les lâches m'ont trahi depuis impudemment. Et, ma puissance morte, ils l'ont dite usurpée.

O honte! Et j'ai ployé sous ta verge de fer! Et me voici, vieux, pauvre, affamé, misérable. Râlant sur ce fumier d'angoisse inénarrable ! Pourquoi ne viens-tu pas, si c'est ici l'Enfer?

Ah ! tu frappais les Oints du Seigneur sur leur trône, Antéchrist! Moi, j'ai pris ta ville et t'ai chassé Comme un loup par la meute en son antre forcé... Jésus! la faim me ronge et l'horreur m'environne ! —

La voix baisse et s'éteint. On entend au dehors Les maigres chiens, vaguant par la nuit en tourmente, Qui flairent tous les seuils de la cité dormante Et hurlent, comme ils font à la piste des morts.

La voix reprend : — Ah ! ah ! les démons sont en quête, Les bons hmiers que nul n'a surpris en défaut! Holà, chiens ! C'est la chair de César qu'il vous faut. Venez, l'heure est propice et la curée est prête!

Meurs donc, ô mendiant ! Meurs, excommunié, Q.ui tenais dans ta main la Germanie et Rome! Deux fois sacré, devant le ciel et devant l'homme. Et que l'homme et le ciel et la terre ont nié!

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