‹ Poèmes choisisChapitre 8 sur 47 · PERCEVAL-PARSIFAL · texte numérisé non relu

PERCEVAL-PARSIFAL

Fragment.

Mais tu ne réponds point. Suivant ton blanc désir, Tout entier possédé du seul divin désir, Donnant tout ton amour qui monte sans tarir,

Impassible comme un martyr, Tout blanc parmi les lentes cloches du dimanche,

Image de lumière blanche, Blanche statue, haute lumière blanche.

Tu ne cesses de resplendir.

Et tu ne cesseras jamais de resplendir.

Simple, pur, immobile, Sans développement, Pleurant, sans mouvement, Sans développement, Splendide fleur stérile.

Eternel arrêt de nos blancs moments.

Simple, pur, immobile, Lilial, virginal,

Blanche tour de fanal Et borne d'idéal — Car tu te tiens comme une borne d'idéal ' Fleurie en blanc de tous les hauts désirs tranquilles Qui sont les mêmes lis d'argent et qui scintillent Sur ton même piédestal blanc, Etincelant... Etincelant...

Ah ! Parsifal ! Pitié pour l'âme faible et vile, Ah ! Parsifal ! Ah ! Parsifal ! Rédemption !

Encens montant sans fin dans un air inunobile,

Larmes, prières, ascension, Encens pur ;

immuable et sereine pensée, Et qui ne connaît point les mauvaises journées, L'auréole de sang de la tentation Que l'on a chaque jour saintement ajournée;

Ascension, ascension...

Et nous te contemplons depuis combien d'années?

Colonne immuable d'ascension...

Immuable colonne Devant quoi nous chantons

FERNAND DIVOIRE

D'une voix monotone;

Irritante blancheur Dont le Sang rédempteur A nourri la candeur, Blanc qui a bu toute couleur;

Irritante blancheur, pourquoi notre âme lasse Ne peut-elle éternellement Veiller devant ta Face?

Et pourquoi, toujours, vient-il un moment, 0 Splendeur blanche, oij, lasse De contempler sans fin ta Face, L'âme se tourne vers une chose qui passe? 0 Parsifal, prêtre du Sang Et de la douleur inmiolée.

Ah! pourquoi traîne-t-il dans nos cœurs faiblissants Tant de choses mal oubliées?...

Liberté... jeunesse envolée...

Quelque chose d'absent...

— Et le battement oppressant D'un cœur lâche qui sent Quand vient à lui le nuage d'encens

Comme une odeur de chair brûlée.

Ah! c'est que nous vivons faibles et mal aimants, De gris cœur humain, de gris cœur dormant

Devant ta pâle austère flamme, Ton extase droite et sans mouvement,

Invisible flamme de l'âme.

Effort terminé par le but atteint.

Course arrivée au but et recherche apaisée,

Et vérité pour toujours épousée; Extase, mouvement terminé, cœur certain Montant sans effort dans le pur matin Comme une immobile fumée;

Extase du matin.

Ame appelée et toute offerte Et qui se tourne tout entière vers le ciel, Regard renversé vers le ciel.

Ame offerte et tournée au ciel Comme une coupe au sommet d'un autel Epanouie et large ouverte A l'ardente Lumière offerte — Et dont nous ne voyons que la base d'argent,

FERNAND DIVOIRE

Le côté d'ombre froide et de métal trop blanc.

Blanche extase de l'âme offerte.

Simple et uni, limpide, uni Comme l'infini.

Sans plus de composants et de reflux visibles Que le haut vent vivant de l'éther infini. Sans plus de lourds accords que les chants indicibles

De l'extase et de l'infini.

Et sans autre douleur que cette inextinguible

Et constante douleur D'être encore trop bas, d'être trop insensible Devant l'éternelle splendeur, De n'avoir pas assez d'ardeur et de ferveur. De n'avoir pas au cœur assez de pleurs. Cœur simple, uni, cœur impassible.

Seulement anxieux De n'avoir pas assez de pleurs, assez de feu, De n'avoir pas pour sa faiblesse assez d'aveux; Cœur sans autre douleur que les douleurs de Dieu.

Car il sait que toute minute Distraite de l'éternité

Alourdit le fardeau de cette vanité Qui nous pousse, aveuglés et sans but agités. Et tout mouvement autre que monter

Est chute, Irréparable et lourde chute; Et tout autre moment que le triomphe est lutte,

Ecoute et désordre de la lutte; Et tout autre élément que l'âme pure est brute,

Inertie et poids de la brute; Et tout entendement qui se perd en volutes

N'est plus que fumée et vaines volutes, Molle plume inutile au dessein de l'Archer. Toute subtilité de l'âme est une tache. Et, devant l'absolu, nuage qui le cache; Toute psychologie est jeu d'ombre, de taches,

Obscurité douteuse du péché, Etude seulement des nuances, des taches.

0 Parsifal, toi qui vas droit.

Suivant la plus droite des lignes, Un amour tout blanc déborde de toi.

Ah! plains le cœur étroit

FERNAND DIVOIRE

Qui n'y prend point de part et se confine à soi!

Un don gratuit t'a choisi digne;

Un don gratuit t'a fait plus digne.

Un don t'a retiré des futiles émois

A quoi notre âme se résigne.

Et tu montes, docile, et rayonnant de foi, Car tu fus l'agneau marqué d'une croix,

Car tu fus docile à ton signe.

Sans effort de vouloir, ni science des lois.

Tu vois, selon ton âme blanche, Qui ne sait pas tout, mais regarde droit.

Qui n'argumente pas, mais voit — Sur l'océan de grâce qui s'épanche

Autour d'elle — voit devant soi Resplendir l'absolu de la lumière blanche.

Et tout le reste est misérable et vain Comme la vanité des bas propos humains Et de nos mains et de leurs vaines jongleries. ^

Parsifal, élevant les mains,

Regarde la lumière et prie.

Sur la montagne sans chemina

kMiMMKMiiarMaiM

Aux rudes pentes défleuries, Vierges de forêts et de pas humains, Parsifal prie.

Mais que les pas humains n'aillent pas s'égarer A chercher son vestige au givre des hauts prés- Invisibles les chœurs; vide, le lieu sacré Qui paraissait là-haut, dans un lointain cendré... Et plus haut, et plus loin, simulacre ineffable, Splendeur blanche qui nous aveugle et nous accable, Parsifal élevé dans l'air irrespiré,

Immobile, immuable.

Semble un sommet haussé dans l'air irrespirable.

Inaccessible et blanc rocher!

Notre désir du mieux s'y dresse Et tôt retombe et n'est plus que faiblesse... Ah! purs envols, promptes détresses, Efforts et chutes qui nous laissent Des lieux bas de nos cœurs malgré nous rapprochés, Nouveaux efforts, luttes et chutes, Poids de l'instinct.

L'ange pleure, fléchi, sous le poids de la brute.

FERNAND DIVOIRE

Sommeil inerte de la brute...

Appel des harpes d'or que le cœur incertain

Ne discerne plus, qui s'éteint.

Appel de cloches qui s'éteint...

Parsifal, Parsifal, nom divin qu'on renie, 0 Parsifal, toujours plus haut et plus lointain

Comme une irréelle folie.

Un irréel sommet désert D'où notre poids nous précipite!

Hélas! vague splendeur très pure qui te perds Et te confonds avec les beaux nuages clairs.

Parsifal, beau nuage clair Se peut-il que pour toi nous ayons tant souffert! Encore maintenant, comprenant qu'il te perd, Toi qui n'es plus qu'un irréel nuage clair, Devant la honte de l'adieu, le cœur hésite... Ça! rejetés — ah! durement! — à nos limites, Resterons-nous sans fin à pleurer la faillite De nos grands vœux tournés en minimes mérites, De nos grands vœux livrés au vague de la chair? Ah ! Parsifal ! Inoubliable ! Inoubliable !

Il continue à nous ronger L'impossible rêve étranger,

Ineffaçable.

Il nous hante toujours, le Graal, Le pur cristal oriental,

Inoubliable, Où bout la lutte avec le mal.

De tes cloches, de ton Saint-Graal, De ton mystère inconnaissable,

Irrespirable, '*^-''"C

De tout cela, de tout cela, blanc Parsifal, Il ne nous restera que ce goût d'idéal

Inoubliable; Il ne nous restera qu'un constant souvenir Ineffaçable, Qu'un incurable et vain désir, — Hélas! à jamais incurable, Héllas! à jamais décevant — De blanc manteau flottant et d'armure d'argent Et d'air plus pur que l'air vivant.

(Extrait de Ames, La Renaissance du Livre, 1918).

FERNAND DIVOIRE

ORPHEE

Fragments

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