‹ Poèmes d'amourChapitre 17 sur 94 · SILENCES · texte numérisé non relu

SILENCES

Je ne demande rien; je sens qu'elle a compris Tout l'aveu qu'en mon cœur si tristement je porte ; Elle sait que ma main tremble à toucher sa porte, Comme tremble mon âme aux choses que j'écris.

Elle a bien deviné qu'il faut m'être plus tendre, Et que je m'abandonne et que je me soumets, Et que j'ai renoncé, depuis 'que je l'aimais, Même aux vagues douceurs d'espérer et d'attendre.

Elle peut se pencher sur mon cœur transparent. Comme au bord d'une eau calme une enfant sérieuse Qui regarde parmi l'ombre mystérieuse Frémir l'herbe profonde au fil clair du courant.

Qu'importent les mots vains qui lui diraient ma peîiiel Notre silence même a son charme secret... Je veux que, sans aimer, elle ait comme un regre ;, Qu'elle soit presque sûre, et demeure incertaine

50 LE SONGE iJi; I/AMOUR

Une Fleur

V>ETTE fleur que ses mains, que sa lèvre a touchée Et qu'elle a faite sienne entre toutes les fleurs, Aujourd'hui sans parfum, sans forme et sans couleurs, En un livre d'amour repose desséchée.

Elle-même l'ignore; elle n'a jamais su, En l'oubliant, distraite, après l'avoir cueillie, Que je conserverais la chère fleur vieillie. Et c'est un souvenir que je n'ai point reçu.

Je me suis caché d'elle, et j'ai craint le mystère Eiitre nous d'un reproche ou même d'un pardon; En laissant près de moi la fleur à l'abandon. Peut-être sa pitié fut-elle involontaire.

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