CONFIDENCE
Mais ma jeunesse aura passé, Mélancolique et désireuse, Cachant sous un faux air lassé L'impatience d'être heureuse;
Elle n'a goûté qu'à demi Des amours furtives et brèves* Et j'ai dans mon cœur endormi Moins de souvenirs que de rêves.
5^' LE SONGE DE l' A M O U R
Dans rOmbre
1-^EPUis que mon désir m'a pris toute ma vie, Il s'oublie à vos pieds, dédaigneux de l'eifort, Lâchement, sans révolte et presque sans envie : Vos yeux indifférents m'ont lassé d'être fort.
Et vous me regardez, un peu triste, en silence, Songeant que mon amour ne voudrait pas guérir; Vous le plaignez peut-être, avec la nonchalance D'espérer en secret qu'il se plaît à souffrir.
Votre orgueil semble heureux des douleurs qu'il inspire, Mêiime sur mon ennui taciturne parfois Vous laissez en pitié tomber votre sourire, Ou traîner la tendresse errante de vos doigts.
DANSLOMBRE 59
Ma présence vous est douce comme une amie, Sans que vos abandons se puissent alarmer; Le soir peut nous surprendre en la chambre endormie : Vous n'êtes pas assez vaillante pour aimer.
Sans espoir et meurtris de la mcme blessure, Trop d'aveux dans votre âme ont précédé le mien; D'avance, le passé vous garde et vous rassure, D'avance, mon amour vous était ancien.
Vous l'avez accueilli sans une inquiétude, Vous l'acceptez dans l'ombre humblement obstiné, Pour sa ferveur discrète et pour sa servitude, Sachant qu'il lui suffit d'être un peu pardonné.
Wë^
6o LE SONGE DE l'amour
Mois d'Été. .•
Ht maintenant voici l'été :
Bientôt vous partirez, peut-être, Je ne verrai plus la clarté De votre lampe à la fenêtre.
Et la place obscure où brillait La douce flamme disparue, Par les nuits claires de juillet M'assombrira toute la rue.
Quelquefois, le cœur anxieux, Je viendrai jusqu'à votre porte; Mais, quand je lèverai les yeux, Mon étoikj^ à moi, sera morte...
LOINTAINE 6l
Lointaine .
Vous êtes loin parmi des villes que j'ignore. Le môme coin de ciel ne nous abrite plus. Partout où j'ai traîné mes pas irrésolus, Je sentais mon amour plus impossible encore.
Malgré moi l'espoir veille; il a toujours raison; Et mon cœur douloureux n'en est que plus avide. Aujourd'hui comme hier, je sais bien qu'elle est vide ; Mais j'ai voulu passer devant votre maison.
L'heure était sombre; à peine aux fenêtres éteintes La blancheur des rideaux gardait un peu de jour; Car la lampe fidèle attend votre retour Pour épandre aux murs noirs ses pâles demi-teintes.
62 LE SONGE DE l'amour
Et j'évoquais là-haut, d'un rêve familier, Tout le peu que je sais de votre solitude : La chambre où votre ennui s'endort de quiétude, Les livres qui vous font doucement m'oublier.
Je me suis rappelé la place coutumicre Des meubles effacés dans l'ombre, le miroir Qui nous a reflétés si proches, tout un soir; J'ai songé qu'ils étaient sans vie et sans lumière.
Tout ce décor léger dont vos doigts n'ont plus soin. Je l'ai deviné triste et pareil à mon âme. Et j'ai souffert pour lui, sachant qu'il vous réclame, Obscur, découragé, muet... Vous êtes loin.