‹ Poèmes d'amourChapitre 23 sur 94 · AU PAYS · texte numérisé non relu

AU PAYS

Mais déjà ma pensée est loin du paysage, Mes yeux n'en voient plus rien.

Devant moi, seulement, monte votre visage Triste comme le mien.

66 LE SONGE DE l'AMOUR

Fin d'Eté

Cn ces jours où Tété s'achève, loin de vous, Je songe à tant d'amants séparés comme nous Qui regardent jaunir les feuilles de l'automne, Une à une, — écoutant la bise qui chantonne. Sûrs tous deux l'un de l'autre et pourtant, sans raisons, Anxieux tout à coup des pires trahisons Et toujours frissonnants de craintes incertaines... Ceux-là n'ont point goûté la fraîcheur des fontaines, Les parfums du vent libre et l'odeur des jardins; Ils ont le cœur serré d'isolements soudains. Parfois une présence invisible les touche; Un ancien baiser ressuscite à leur bouche, Renflammant le désir que rien n'apaise en eux. Ceux-là n'ont point aimé les matins lumineux Ni l'étincellement doré des chaudes heures; Ils n'ont pas retrouvé dans les vieilles demeures,

FIN d'Été 67

Sous l'œil des chers portraits, ce qu'ils avaient laissé

De douceur consolante aux décors du passé.

Ils ont vécu des jours et des jours, l'âme absente,

Traînant de pas en pas leur vie obéissante

Et le fardeau d'un cœur où l'amour se souvient.

Et maintenant voici l'automne qui revient,

L'automne bruineux et roux sous le ciel blême.

Le vent, ce soir, effeuille une rose suprême

Et dans le jardin nu crispe les arbres froids...

Premiers soirs sous la lampe et premiers feux de bois

Qui faites vaciller les ombres dans la chambre.

Derniers jours obscurcis et fanés de septembre,

Que d'inquiets amants vous auront attendus.

Qui s'enivicnt déjà de retours éperdus I...

Je ne connaîtrai pas leur égoïste joie

De serrer dans mes bras fiévreux la douce proie

Que meurtrira demain leur avide baiser.

Je ne connaîtrai pas le bonheur d'apaiser

Le mal de mon amour et de ma solitude.

Je vous retrouverai dans la même attitude,

Avec les mêmes yeux songeurs de l'autre été,

Avec le même cœur fidèle et tourmenté...

Mais j'aurai ce bonheur, et je n'en veux pas d'autre

Que ma peine est aussi profonde que la vôtre.

68 LE SONGE DE l'amour

Scrupule

v>E soir, mon cœur hésite à s'avouer si tendre, Je me sens vous aimer d'un bonheur éperdu : Tout ce que je dirais, j'aurais peur de l'entendre; Et vous me puniriez de l'avoir entendu.

Je sais vos lendemains de doute et d'amertume, Et quel regret jtloux suit vos soirs d'abandons. Je serai triste et grave ainsi que de coutume, Je vous épargnerai d'inutiles pardons.

C'est à moi d'être fort centre votre faiblesse. Je veillerai sur vous dans l'ombre à votre fnsu» Je veu« que le désir à jamais vous délaisse ; Notre amour est trop beau pour en être déçu.

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