LA VIE PERDUE
Il se plaît en lui-même au déclin des journées; Et, tandis que le soir emplit le calme ciel, Pour sauver le parfum des minutes fanées. Son âme diligente en fait un peu de miel.
Jamais hors de son cœur nul sanglot ne s'ébruite; Et, dans un brusque adieu de tout ce qu'il rêvait, Il n'a jamais pleuré sur sa raison détruite; La douce quiétude habite à son chevet.
Il est heureux sans trouble et presque sans mystère, Humble et rêveusement jaloux de ce qu'il aoo. Oh ! comme j'étais fait pour vivre sur la terre L'inconscient bonheur d'être né celui-là 1
Son corps ne survit pas à son âme épuisée :
Tous deux, comme ils sont nés, s'apaisent à la foîsj
Son cœur reste fidèle où sa main s'est posée,
Sa vie, au long des jours, Jui coule entre les doigts.
Soirs anciens
J E me souviens un peu qu'elle venait le soir, Toujours à la même heure et toujours le dimanche j Et la table était gaie avec sa nappe blanche, Et les grands plats d'étain luisaient au vieux dressoir.
Je n'étais qu'un enfant triste et cachant sa peine, Distrait, sauvage même aux sourires amis. Avec des yeux rêveurs qu'on croyait endormis; Car j'étais seul en moi tant qu'elle était lointaine.
D'avance, éperdument, je l'accueillais tout bas-, Dans les bruits familiers j'écoutais sa venue; Et, quand j'étais bien sûr de l'avoir reconnue, Je serrais en mon cœur le trouble de ses pas.