SOIRS ANCIENS III
Elle entrait en riant, dès le seuil inclinée, Donnant ses yeux, donnant son front, donnant sa main, Toute fraîche du soir et rose du chemin, Belle de bonté simple et de joie étonnée.
Et puis, dans ses genoux, au loin, je me revois, Petit corps bienheureux que protège et que frôle La tiédeur de son bras autour de mon épaule; Des mots que j'aime encor n'étaient bien qu'en sa voix.
Tout mon être ignorant frémissait d'espoirs vagues, Et je l'enveloppais de silence et d'aveux; L'ombre était douce et claire autour de ses cheveux. Et ma main frissonnante aimait ses doigts sans bagues.
Calmes, sûrs de leur grâce et du bonheur qu'ils font, Elle avait l'art divin des gestes qui comprennent Et surtout ce regard dont les enfants s'éprennent, Mystérieusement chimérique et profond...
Le meilleur de mon rêve autour de vous persiste, Cher fantôme ancien, seul être en qui j'ai cru, Quelquefois oublié, mais jamais disparu, Q.ui pour naître en mon âme attend que je sois triste 1
H2 LE SONGE DE l'AMOUR
Songeuses
iN 'ayant jamais souffert, tristes d'avoir songé, Sans espoir, sans regret, sans joie, elles demeurent Dans les vieilles maisons des villes qui se meurent, Comme elles, tristement, d'ennui découragé.
Elles ont accepté la vie humble et soumise,
La banalité morne et simple du devoir,
Le bien-être d'aimer sans révolte et d'avoir
L'a peu près du bonheur dans la douceur permise.
Heureuses du baiser distrait de chaque jour. Les désirs inquiets se sont retirés d'elles; Elles gardent leurs corps inertes et fidèles. Pauvres corps dédaignés qui pouvaient tout l'amour