‹ Poèmes d'amourChapitre 39 sur 94 · PAYSAGE INTIME · texte numérisé non relu

PAYSAGE INTIME

Paysage intime

I ouR y mener mon rcvc où pleure un deuil amer, l'aime entre tous un paysage d'outre-mer

Ensoleillé, superbe et triste.

II ressuscite en moi celle qui l'a connu;

Mes yeux ne l'ont point contenu, Je sais seulement qu'il existe.

11 fut, un soir d'automne, évoqué doucement Par des mots que je garde avec recueillement

Au plus secret de mon cœur sombre; Il est né d'un murmure aux lèvres que j'aimais^ Ht seul il survit désormais Au cher passé rentré dans l'ombre.

Il8 LE SONGE DE l'aMOUR

De meilleurs souvenirs sont perdus, mais parfois Je me redis les mots pour entendre la voix

Qui les anime et les colore ; Leur douceur m'est fidèle, et je retrouve en eux

Le paysage lumineux

Et triste qu'ils ont fait éclore.

C'est quelque part très loin sous un ciel d'orient Beau de couleur légère et de soleil riant;

Dressant leurs crêtes inégales.

Les monts aux bleus replis tremblent dans la chaleur,

Et tous les parfums sont en fleur,

Et Tair pur vibre de cigales.

L'ombre même étincelle et la lumière éclôt. Dormante au long d'un mur, changeante au bout d'un fie

Sur les sables d'or monotone La mer brode au rivage un clair ourlet d'argent,

Et, sur un rythme diligent,

Le rouet des vagues chantonne.

Seul et morne, perdu sous le ciel, au milieu De toute cette vie éparse dans l'air bleu. Un grand arbre aux feuilles fanées.

Où Li brise en passant laisse un bruit de métal, Debout, solitaire et fatal.

Semble mort depuis des années...

Seul et morne est mon cœur, et le présent divin, Jusqu'en ses replis d'ombre, épanouit en vain

Toutes les clartés qu'il recèle; Un débris de bonheur s'y dresse fièrement.

Debout dans son isolement,

Mort dans la vie universelle.

Ap

aisément

J3ien que mon cœur jaloux ne l'ait point délaissée, Moins de douleur persiste en mon deuil raffermi. Je puis encor la plaindre et rester son ami, Je sens ma vie, autour de moi, recommencée.

Je domine ma peine et j'y vois se flétrir Tout ce qui l'adorait, tout ce qui la regrette,- Et je n'ai plus en moi la volonté secrète Qui me faisait aimer la douceur d'en mourir^

Mon âme, en la perdant, lui reste fraternelle , Mais je n'attends plus rien, j'ai connu qu'en l'aimant J'avais divinisé, peut-étie, seulement Tout l'égoïste espoir que j'avais mis en elle.

Page 1