‹ Poèmes d'amourChapitre 40 sur 94 · APAISEMENT · texte numérisé non relu

APAISEMENT

Et je n'ai même plus le goût de ressaisir Ce trop fragile amour que moi seul faisais nôtre; Toute meurtrie encor, pour en élire une autre, Un peu de ma tendresse erre en vague désir.

J'ai voulu ma douleur, rien d'amer n'en subsiste; Je me retrouve seul avec plus de fierté. A tout ce qui n'est plus et qui n'a pas été. Silencieusement, je garde un adieu triste.

Mon rêve ardent s'attarde en un rêve endormeur. Parfois, mon cœur tressaille : un souvenir y tremble; J'aime encor mon passé, quand nous sommes ensemble, Mais je regarde en moi son visage qui meurt.

122 LE SONGE DE l'AMOUR

Solitude

v^OMME les violons sont tristes au matin 1 Ce désordre, ces fleurs, ces femmes délaissées, Cette gaîté banale autour de mes pensées! — J'écoute, et je regarde, et mon cœur est lointain.

L'air est lourd de fatigue et de mélancolies, Et, dès longtemps prévu comme un ressouvenir, A travers les rideaux plus clairs je sens venir Le jour blême qui rôde aux fenêtres pâlies.

Par instants, le dégoût d'un geste ivre et brutal Emplit mon âme, encore et malgré moi surprise; Le bruit inattendu d'un verre qui se brise Prolonge en moi longtemps sa plainte de cristal.

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