POSSESSION
Un visage nouveau se dégage du tien; Tes regards sont en fleurs ; nous ne savons plus rien Qu'un espoir infini de rester bouche à bouche; Ton corps frémit déjà sous ma main qui le touche, Et, tendre, s'abandonne et, si près du plaisir, Ilâtc en se blottissant notre premier désir.
l68 LE CHEMIN DE l'OUBLI
Chambre d'Auberge
J E veux qu'à ton réveil tout l'air pur du matin Avive de fraîcheur ta tête reposée, Et que l'aube imprévue entrant par la croisée S'épanouisse en toi comme aux fleurs du jardin.
Tes cheveux, rajeunis à la douceur première Des frissons odorants qui s'éveillent en eux, Comme l'herbe au soleil, souples et lumineux, S'empliront de parfums, de brise et de lumière.
Tu te soulèveras gaîment, les yeux surpris Des reflets inconnus qui dorent ton visage, Pour voir toujours plus lom dans le clair paysage La campagne ondoyante et les vergers fleuris.
CHAMBRE d'auberge 169
Nous aurons sonné tard à la petite auberge, Lassés d'un long chemin sous les arbres obscurs, Et tu découvriras la chaux blanche des murs. Les deux chaises de paille et les rideaux de serge :
N'importe ! je sais bien que, d'un sourire ami, Tu les remercieras, toutes ces humbles choses... Penché sur ton bonheur, j'effeuillerai des roses Dans le lit tiède encore où nous aurons dormi.
Tu ne sentiras point d'arricre-lassitude ; Dès l'aube et jusqu'au soir, nous aurons tout un jour A passer longuement du sommeil à l'amour: Nous serons seuls tous deux en toute solitude.
Et, dans un brusque oubli des gestes hésitants. Comme un enfant rieur tu voudras être nue, Pour mieux faire à ton corps une offrande ingénue De toute cette aurore et de tout ce printemps.
Sourires
V^uAND tu penses à nous, je veux que tu souries.
Que nos heures d'amour te soient toutes fleuries,
Les heures du passé comme de l'avenir.
Je ne veux de bonheur que de t' appartenir
Et d'être par instants pour toi l'humble tendresse
Où ton âme s'appuie, où ton corps se caresse.
Je veux que ton plaisir soit tranquille et léger;
Je veux que les serments, où tu crois t'engager,
N'engagent même pas la minute prochaine,
Et qu'avec moi du moins nul devoir ne t'enchaînes
Je sais comme le cœur des femmes est changeant,
Et que le plus fidèle est parfois négligent,
Et que les mieux donnés ont de brusques reprises...
Je ne t'ennuierai pas de pleurs que tu méprises
Et qui font seulement se détourner tes yeux;