‹ Poèmes d'amourChapitre 63 sur 94 · SOIR TOMBANT · texte numérisé non relu

SOIR TOMBANT

Avec un front tranquille et des rires légers, Qu'il faudrait arrêter, même aux heures de fièvres, Les regards dans nos yeux et les mots sur nos lèvres. Et nos cœurs s'enivraient de notre isolement, Et mes yeux obscurcis regardaient longuement. Comme l'ombre des monts sur le clair paysage, L'ombre de tes cheveux descendre à ton visage.

184 LE CHEMIN DE l'ouBLI

Visites

1 u reviendras, de loin en loin,

Attendant l'heure Où, de vieillesse, dans un coin, Notre amour meure.

Je te sentirai, chaque fois.

Plus passagère;

Ta voix redeviendra la voix D'une étrangère.

Ht je te verrai jour par joui, Toi qui fus mienne.

Reprendre un peu sur notre amour Ta vie ancienne.

DERNIER DÉPART l8)

Dernier Départ

IN E me console pas. Je fermerai les yeux;

Tu t'en iras, d'un lent départ silencieux :

Je t'imaginerai dans l'om^bre encore assise,

Et je ne saurai pas la minute précise.

Nous nous serons quittés ainsi que chaque jour,

Hélas 1 et tant d'adieux ont tué notre amour...

Et puis tu seras loin, pour toujours disparue,

Grave et songeant peut-être, au détour de la rue,

Combien notre passé fut joyeux d'avenir!

Tn sentiras comme une main te retenir

Et tu croiras, plaintive, entendre une prière

Qui te fera parfois regarder en arrière.

Ne crains rien : mon amour, né triste et malchanceux,

Toujours croyant, toujours dupé, n'est pas de ceux

Que l'on traîne après soi, comme une ombre obstinée.

Je ne me plaindrai pas... Reprends ta destinée.

l86 LE CHEMIN DE l'oUBLI

Reliques

Hlle ne viendra plus... Son image attardée, Encore un peu de temps, survit à nos amours ^ Mes yeux, qui l'ont tant regardée.

Autour de moi la voient toujours.

Des fleurs qu'elle apporta sont à peine flétries ; A cette même place, elle-même posa.

D'un geste de ses mains fleuries,

Cette branche de mimosa.

Elle ne viendra plus... Tout me parle encor d'elle, Comme après le départ d'un hôte familier;

La chambre est pour longtemps fidèle

Et sera lente à l'oublier.

REL'iQUES 187

Ses mains étaient partout; la douce vigilance

De ses yeux clairvoyants guidait partout ses doigts;

J'entends parfois dans le silence

Le clair murmure de sa voix.

Elle ne viendra plus... Je ne dois plus l'attendre; Pour toujours, elle est loin de ma vie, — et pourtant,

Sans rien croire et sans rien prétendre,

Hn n\oi quelque chose l'attend.

l88 LE CHEMIN DE l'OUBLI

Il était une fois...

Il était une fois un poète, un rêveur, Qui ne savait jamais que faire de son cœur.

On voulait bien de ses baisers, de son sourire : Quand il aimait, on laissait faire, on laissait dire;

Les femmes se plaisaient au passe-temps léger De le voir, chaque fois, se prendre et s'engager.

Elles aimaient en lui des mots et des caresses Et des larmes, qui font heureuses les maîtresses :;

Aussi toutes, gaiement, se donnaient à loisir Tout le temps passager d'effeuiller leur désir.

IL ÉTAIT UXr. FOIS... 189

Lui cependant, plaintif et tendre, aux genoux d'elles, Se caressait d'espoirs crédules et fidèles;

Et toujours il était celui des deux amants

Qui croit à la douceur de ses propres serments.

Toujours on lui rendait son cœur, avec prière De ne plus désormais regarder en arrière.

Et, quand on avait pris le temps de se guérir. On lui disait : « Voyons, il ne faut pas souffrir I »

Î9Û lE CHEMIN DE L^OUBLÏ

Passé lointain

iVloN malheur t'a suivie, au jour de ta venue, Toi qui vins la première et que j'ai méconnue, Et mon cœur sur ton cœur s'est mal accoutumé. Tu m'as aimé trop jeune, et tu m'as trop aimé: Tu m'as gâté l'amour; ta tendresse indulgente Malgré moi, pour toujours, m'a fait l'âme exigeante. Et toutes, désormais, les autres m'ont déçu : Quelque chose de toi leur manque à mon insu, Que chaque fois j'espère et que j'implore en elles . Ton cœur simple, tes mains douces et fraternelles, Tes yeux fidèlement appuyés sur mes yeux. Tout ce bonheur certain, grave et silencieux, Que je sentais, le soir, autour de mes pensées, Dociles autrefois, maintenant dispersées...

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