‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 36 sur 64 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

Je vous attends. Le soir est beau, paisible, lent, Lent comme une caresse et lent comme un sourire. Je songe à vous, amie, et je pense en tremblant A tous les mots d'amour que vous allez me dire, A votre front d'enfant incliné vers mon front, A votre chère main frémissant dans la mienne, Aux yeux profonds et clairs qui me regarderont Avec une tendre et si subtile peine,

Un si voluptueux et si candide émoi.

Que mes yeux y verront votre âme, grave et nue.

Mais quand vous serez là, quand vous direz : "C'est moi..."

Quand vous direz : "Je suis à toi, je suis venue,

Je suis venue à toi parce que je savais

Que tu m'aimerais mieux de m'avoir tant aimée;

Malgré ton mauvais cœur et ton rêve mauvais

J'ai cherché ta demeure et ta porte fermée;

Pour ton inquiétude et ton avidité.

Ton esprit soucieux, ta vaine tentative

Dans les nuits sans sommeil du déchirant été

D'évoquer longuement mon image furtive.

De baiser mon visage et d'entendre ma voix ;

Pour cette solitaire et dure adolescence

Dont tu pâlis encor lorsque tu la revois,

Je serai la secrète et belle récompense . . ."

Seul l'écho répondra son murmure vivant

Dans la chambre muette et dans l'ombre charmée.

Votre voix qu'entendit mon âme, si souvent, Je ne l'entendrai pas.

^ SOIBS 178

Car, ô ma bien-aimée, Pour avoir trop voulu, de saison en saison. D'un trop brusque désir, d'un espoir trop farouche. L'heure où vous franchirez le seuil de ma maison Et Fheure oîi votre bouche aura connu ma bouche, Que vous veniez ce soir, que vous veniez demain, Mon coeur, tout doucement, quand s'ouvrira la porte Pour la première fois au choc de votre main. S'arrêtera de battre en ma poitrine morte.

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